Les villes franches de Biollet et de Termes

Dans le billet consacré à la Villefranche, nous avons vu comment Alfonse de Poitiers, frère de saint Louis, se servait du pariage pour fonder des « villes franches » dans la Terre d’Auvergne, et ce qu’une ville franche promettait à ses habitants. Des trois fondations rurales qu’on lui connaît en Auvergne, deux sont à Biollet. Celle de 1261 a gardé son nom : c’est le hameau de la Villefranche. L’autre, promise dès 1258 par le seigneur du bourg, n’en a laissé aucun : pas de « Villefranche » ni de « Franchise » au cadastre, pas de plan régulier, rien. Il faut la chercher dans les actes, et l’on y trouve, chemin faisant, une troisième ville franche, à Termes. Deux ou trois ? C’est la question de ce billet. Pour y répondre, lisons d’abord ce qu’Aleaume promit en 1258, cherchons sa ville franche sur le terrain, puis dans les comptes du comte, et enfin dans une déclaration de 1669 qui parle encore d’une « Franchise ».

Ce qu’Aleaume promit en 1258

En août 1258, Aleaume de Biollet, damoiseau (écuyer), associe Alfonse de Poitiers à sa seigneurie de Biollet. L’original, scellé, est conservé aux Archives nationales1. En voici le début (les traductions, en vert, ont été produites par une intelligence artificielle, puis relues) :

Ego, Aleumus de Bualet, domicellus, notum facio universis, presentes litteras inspecturis, quod ego associavi nobilem virum, dominum comittem Pictavensem, in villa de Bualeth, et in manso de Bualeth lo Veilh, et in manso de Rocola, et in omnibus pertinenciis eorumdem […]
Moi, Aleaume de Biollet, damoiseau, fais savoir à tous ceux qui verront les présentes lettres que j’ai associé le noble homme, monseigneur le comte de Poitiers, dans le village (villa) de Biollet, dans le mas de Biollet-le-Vieux et dans le mas de Rocola, et dans toutes leurs dépendances […]

Aleaume garde cependant plusieurs choses pour lui :

  • les prés situés au-dessus de la guaana de Rocola — sans doute une « gane » ou « ganne », un lieu où l’eau est peu profonde : à l’origine un gué, là où le ruisseau se rétrécit et se passe à pied, puis une petite mare, un ruisselet, un terrain bourbeux2. On retrouve le mot aujourd’hui dans les lieux-dits Ganne de Bunleix et Ganne de Chabassière ;
  • les dîmes des récoltes et des animauxa : on partage la seigneurie, pas la dîme ;
  • le mas de Vilastanias3 et la borderie de Polsabru (une borderie est une petite exploitation), « car ils sont du fief du révérend évêque de Clermont » : on ne peut associer un tiers à un bien que l’on tient d’un autre seigneur sans son accord ;
  • enfin la baillie, c’est-à-dire la charge de baile : l’homme qui, pour le compte du seigneur, perçoit les redevances des paysans. Aleaume l’avait déjà donnée pour toujours à un certain Thomas Brandon, et avec elle une terre d’un seul tenant, le « tènement » de Rocola, sans lui réclamer de cens, la redevance annuelle qu’on devait au seigneur pour une terre4. Dans la région, une baillie était d’ailleurs souvent autant une terre qu’un emploi : le baile la tenait comme une exploitation, et pouvait même la vendre5. Thomas Brandon avait donc reçu à la fois un métier et un domaine.

L’acte décrit d’ailleurs les limites de ce tènement : le chemin qui mène de Roche-d’Agoux à la gane de Rocola, puis le chemin de Bulleg à la Canedi jusqu’à deux rochers, de là jusqu’à la combe de las Combelas, c’est-à-dire « des petites combes », de petits vallons sans cours d’eau6, avant de revenir à la gane. Tout cela, précise Aleaume, est « dans la paroisse de Biollet ».

Puis vient la phrase essentielle :

Associavi eciam predictum nobilem virum in omnibus supradictis, ideo ut faceret ibi villam franchiam […]
J’ai associé ledit noble homme en toutes les choses susdites afin qu’il y fasse une ville franche […]

Aleaume jure « la main sur les très saints Évangiles » de ne jamais revenir sur cet engagement et scelle l’acte de son sceau7.

Aleaume appartenait à une branche cadette de la vieille famille châtelaine de Roche-d’Agoux, attestée dès le XIe siècle8. Son sceau, encore appendu à l’acte de 1258, porte d’ailleurs un lion au lambelb, la marque d’un cadet, avec la légende « ✠ S’ ALELME · DE RVPE · DAGVLHI DOMICELLI », « sceau d’Aleaume de Roche-d’Agoux, damoiseau »9. C’est cette même famille que l’on retrouve trois ans plus tard à la Villefranche, et dont descend sans doute la maison de Rochedragon de l’époque moderne10.

Sceau d’Alelme de Rochedagoux, seigneur de Biollet, en 1258 (dessin « grandeur de l’original » dans l’édition papier de 1892 ; ici agrandi). Légende du sceau : ✠ S’ ALELME · DE RVPE · DAGVLHI DOMICELLI. Dessin d’A. Tardieu, Histoire illustrée de Saint-Gervais, 1892, p. 149 ; description dans L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux, t. II, 1867, p. 52, n° 3410.
Sceau d’Alelme de Rochedagoux, seigneur de Biollet, en 1258 (dessin « grandeur de l’original » dans l’édition papier de 1892 ; ici agrandi). Légende du sceau : ✠ S’ ALELME · DE RVPE · DAGVLHI DOMICELLI. Dessin d’A. Tardieu, Histoire illustrée de Saint-Gervais, 1892, p. 149 ; description dans L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux, t. II, 1867, p. 52, n° 3410.

Où était-elle ?

Qu’en est-il resté ? Pas grand-chose de visible : le plan actuel du bourg « ne présente aucune originalité »11, aucune trace de lotissement régulier. Une déclaration de 1669 parle bien d’une terre « appelée la Franchise », mais elle pourrait concerner Termes : nous y reviendrons. Reste le sol, et les noms qu’il a gardés.

Où étaient les lieux nommés en 1258 ? Aucun ne figure au cadastre actuel. Mais le cadastre napoléonien, dressé en 1834-1835, a gardé les noms de chaque parcelle, et l’un d’eux répond presque mot pour mot. Juste au nord-ouest du bourg, une grande terre labourable de près de cinq hectares, entre le bourg et Bunleix, s’appelle « Rancoule »12 ; elle touche des parcelles appelées « la Ganne » (les parcelles 20 à 22 de la section D du cadastre de 1835, celle du bourg), et le chemin qui la longe, le chemin de Verghas, celui qui mène vers Vergheas et Roche-d’Agoux, aboutit à l’entrée du bourg à une « Croix de la Ganne »13. Le mot n’est pas isolé : on trouve des lieux-dits « la Rancoule » ailleurs dans le Puy-de-Dôme14, et l’occitan ranc désigne un rocher ; Rancoule, « le petit rocher », dirait donc la même chose que Rocola, de roca, « roche », avec le même suffixe diminutif. Or l’acte de 1258 parle du « mas de Rocola », des prés « au-dessus de la gane de Rocola » et du « chemin qui mène de Roche-d’Agoux à la gane de Rocola ». Le mas de Rocola était donc, selon toute vraisemblance, là, aux portes du bourg, et la « gane », ce terrain humide qui servait de repère en 1258, aurait laissé son nom à une croix.

Rancoule, la Ganne et la Croix de la Ganne sur le plan cadastral de 1834 (Biollet, section D, 1re feuille, extrait ; AD63, 53 Fi 100). Sur ce plan, le nord est à gauche. Les rapprochements avec l’acte de 1258 sont des hypothèses.
Rancoule, la Ganne et la Croix de la Ganne sur le plan cadastral de 1834 (Biollet, section D, 1re feuille, extrait ; AD63, 53 Fi 100). Sur ce plan, le nord est à gauche. Les rapprochements avec l’acte de 1258 sont des hypothèses.

Le cadastre offre d’autres pistes, plus fragiles. À quelque 400 mètres au nord-ouest de Nouailhat, plusieurs prés et terres appartenant à des habitants de ce hameau s’appellent « Villevieille » ou « Ville Vieille »15 : le souvenir d’un village disparu, peut-être ce « mas de Biollet-le-Vieux » de 1258 ? Pour la « combe de las Combelas », les parcelles « la Combe » ou « Lacombe » près de Puy-Pelat (les parcelles 588 à 613 de la section A du cadastre de 1835) et le lieu-dit actuel « Les Combes » sont des candidats, sans plus : ils sont tous deux à plus de trois kilomètres de Rancoule, bien loin pour une limite du tènement de Rocola. Quant à Bulleg, d’où partait le chemin qui bornait le tènement, ce pourrait être Bunleix, le hameau voisin de Rancoule, dont le nom s’écrivait encore « Belley » en 151716 : le « chemin de Bulleg à la Canedi » serait alors celui qui, de Bunleix, longe Rancoule, ce qui s’accorde avec le reste de l’acte. Vilastanias, Polsabru et la Canedi restent introuvables.

Les lieux de l’acte de 1258 sur la carte actuelle : en rouge, l’hypothèse forte (Rancoule) ; en gris, les pistes fragiles, dont Bunleix pour Bulleg. Positions reportées depuis le cadastre de 1834, à quelques dizaines de mètres près. Fond : Plan IGN © IGN – Géoplateforme (licence Etalab 2.0).
Les lieux de l’acte de 1258 sur la carte actuelle : en rouge, l’hypothèse forte (Rancoule) ; en gris, les pistes fragiles, dont Bunleix pour Bulleg. Positions reportées depuis le cadastre de 1834, à quelques dizaines de mètres près. Fond : Plan IGN © IGN – Géoplateforme (licence Etalab 2.0).

C’est pourtant sous le nom de « Biollet-le-Vieux » que la franchise de 1258 est parfois désignée17. Mais l’acte associe Alfonse au village de Biollet et aux mas de Biollet-le-Vieux et de Rocola : la franchise couvrait donc le bourg et ses deux mas, et c’est pourquoi nous la cherchons d’abord au bourg. À moins qu’elle n’ait été finalement installée ailleurs : c’est ce que suggère un autre document.

Une troisième, à Termes ?

Une autre ville franche apparaît peu après, vers 1260, dans l’inventaire des revenus d’Alfonse de Poitiers : Apud villam franchiam de Termes sitam in parrochia de Bualet, « à la ville franche de Termes, située dans la paroisse de Biollet ». Est-ce une troisième fondation, ou la ville franche promise par Aleaume en 1258, finalement installée à Termes ? L’acte de 1258 ne nomme pas Termes ; mais Aleaume compte parmi les seigneurs de Termes, et l’inventaire, tel qu’on le connaît, ne cite que cette ville franche-là dans la paroisse18. Les deux historiens qui ont dressé la liste des fondations d’Alfonse n’en comptent que deux à Biollet, celles de 1258 et de 1261 : ils ne connaissent que les actes de pariage, et l’inventaire des revenus leur a échappé, ou bien ils y ont vu la ville franche de 125819. Voici ce que ses habitants devaient chaque année au comte20 :

  • une taille de 13 livres, l’impôt que le seigneur levait sur ses hommes, payé en argent ;
  • 40 sous de cens en deniers, la redevance due pour les terres, soit 2 livres (une livre valait 20 sous, et un sou 12 deniers) ;
  • et, en grain, 53 setiers d’avoine et 26 setiers de seigle. Si le setier de Roche-d’Agoux du XVIIIe siècle, un quintal de seigle, valait déjà au XIIIe, cela ferait quelque deux tonnes et demie de seigle et le double, en volume, d’avoine ; mais rien ne garantit que la mesure n’ait pas changé en cinq siècles, et ce chiffre n’est qu’un repère21.

Est-ce beaucoup ? Le même registre donne le total de la baillie de Roche-d’Agoux, une vingtaine de paroisses de Pionsat à Dontreix, Biollet compris : environ 181 livres d’argent et 827 setiers de grain par an. La seule ville franche de Termes en fournissait près d’un dixième22. Autre repère : le châtelain de Roche-d’Agoux, en 1267, était payé 2 sous 6 deniers par jour, un peu plus de 42 livres par an ; les 15 livres de Termes lui faisaient quatre mois de gages23.

La Franchise de 1669 : une ou deux ?

Quatre siècles plus tard, les villes franches ont disparu des textes, mais pas la « Franchise ». En 1669, la déclaration des biens du seigneur de Biollet, Valon du Boucheron d’Ambrugeac, mentionne « une franchise appelé la Franchise, d’une contenance de vingt setérées »24 : une terre franche, qui porte tout simplement ce nom. Vingt sétérées, c’est une dizaine d’hectares : la surface qu’on ensemence avec vingt setiers de grain, environ deux tonnes de seigle21.

Le seigneur y avait « le droit de demi semant » : pour deux setiers semés, les habitants lui en devaient un. La moitié de la semence, donc, et non la moitié de la récolte. Avec les rendements de l’époque, quatre ou cinq grains récoltés pour un grain semé, cela représente à peu près un dixième de la récolte, l’équivalent d’une seconde dîme : au plus une tonne de seigle par an pour toute la Franchise25. Ils devaient en outre quatorze livres par an « pour raison et à cause dudit lieu et franchise »24, une somme fixe à répartir entre les familles, l’équivalent d’un mois de travail d’un manœuvre26. Et quand l’un d’eux vendait un bien, le seigneur prélevait les « lods et ventes », « à raison de 12 deniers pour livre »27, un vingtième du prix. Une franchise avait donc un prix, mais un prix connu d’avance, ce qui était toute la différence.

Reste à savoir où elle était. Ce texte est cité tantôt pour le bourg de Biollet, tantôt pour Termes : même année, même seigneur, mêmes vingt sétérées, même demi-semant, mêmes quatorze livres ; mais seule la version citée pour Termes nomme le lieu, « lieu dit Termes »27. Deux franchises jumelles, ou un seul texte cité deux fois, une fois pour Biollet et une fois pour Termes ? Seuls les originaux le diront28. Le cadastre, lui, ne tranche pas : en 1835, plus aucune parcelle ne porte le nom de « la Franchise », ni à Termes ni au bourg29. Les deux cas ne disent pas la même chose. Si les deux citations renvoient à un seul texte, la Franchise de 1669 est celle de Termes, puisque seule la version citée pour Termes nomme le lieu ; la déclaration de 1669 ne dit alors rien du bourg, et la ville franche promise par Aleaume en 1258 n’a laissé aucune trace connue, pas même un nom de champ. S’il y a bien deux textes, il y avait deux Franchises de vingt sétérées, l’une au bourg et l’autre à Termes, et celle du bourg serait le dernier souvenir de la promesse de 1258.

Franchise du bourg ou de Termes, ces lods et ventes méritent une comparaison, car la liberté médiévale se mesurait en deniers. Un vingtième du prix de vente, ce n’était pas rien. Ailleurs en Combraille, un paysan qui achetait un champ devait au seigneur le « tiers denier », un tiers du prix, voire la moitié. À Termes et à la Villefranche, comme au Montel-de-Gelat, il ne payait qu’un vingtième30, de six à dix fois moins.

Ces franchises de hameaux répondaient aussi à un mal très concret : la mainmorte, ce droit par lequel le seigneur héritait des serfs morts sans enfants, et qui, en Combraille, subsista jusqu’au XVIIIe siècle31. Être « franc », c’était d’abord pouvoir laisser ses biens aux siens.

Le remède était rare, et pourtant concentré chez nous, sans doute moins par amour de la liberté des paysans que pour les revenus qu’elle rapportait aux seigneurs du coin. Entre le Cher et la Sioule, on ne connaît que six franchises de hameaux : la Villefranche (Espinasse), Biollet-le-Vieux, Termes, Besserve (Sauret-Besserve), Durat (avec un point d’interrogation) et Hauteserre (Dontreix)32. Trois des six touchent Biollet : Biollet-le-Vieux, Termes, et la Villefranche, à cheval sur Espinasse.

En conclusion

Biollet a donc connu, en quelques années, deux, peut-être trois « villes franches », dont deux au moins sont nées de l’association de membres de la famille de Roche-d’Agoux avec le frère de saint Louis. Celle d’Aleaume, promise en 1258, s’est installée au bourg ou à Termes ; si c’est au bourg, la ville franche de Termes, connue par les comptes du comte vers 1260, en fait une troisième. À la différence de la Villefranche, ni l’une ni l’autre n’a laissé de trace dans le paysage : il n’en reste que des lignes dans des registres, une « Franchise » de vingt sétérées en 1669, et peut-être un nom de champ, Rancoule, aux portes du bourg.

Franches, ces villes ? À Termes, au moins, on peut faire le compte de la liberté : un setier pour deux semés, quatorze livres l’an, un vingtième du prix à chaque vente. C’était moins qu’ailleurs, et c’était connu d’avance. Les seigneurs, eux, y gagnaient des revenus nouveaux, et pas toujours loyalement : les enquêteurs d’Alfonse apprirent que certains chevaliers associés au comte pour fonder une ville franche la gardaient pour eux seuls, ou du moins en reprenaient le terrain quand les habitants l’avaient désertée33. Les hommes de Roche-d’Agoux, eux, avaient d’autres prédateurs en tête : ils se plaignaient surtout des sangliers, et Alfonse ordonna d’en prendre assez « pour que le reste ne pût nuire »34.

Comme pour la Villefranche, l’enquête reste ouverte. La charte originale de 1258 dort aux Archives nationales35. D’autres questions attendent leur document : la ville franche de Termes est-elle celle qu’Aleaume avait promise, ou une troisième ? Les vingt sétérées « de la Franchise » déclarées en 1669 sont-elles celles de Biollet, celles de Termes, ou deux fois la même ? Bulleg est-il bien Bunleix ? Et où étaient Biollet-le-Vieux, Vilastanias, Polsabru et la Canedi ? Le cadastre de 1834 a déjà rendu Rancoule ; les autres noms dorment peut-être dans un terrier, un acte notarié ou la mémoire d’un ancien. Si vous savez où se trouvait un champ, un pré ou un bois portant l’un de ces noms, écrivez-nous.

Aveu : comme le précédent, ce billet a été préparé avec une intelligence artificielle, qui a dépouillé les registres, traduit le latin et converti les setiers en quintaux. Elle compte vite, mais pas toujours juste : j’ai repris ses calculs et vérifié ses sources autant que faire se peut.

Notes

  1. a. La dîme était un prélèvement en nature sur la production de la terre, destiné en principe à l’Église : une part pour la paroisse, une pour les pauvres, une pour le clergé. Charlemagne l’avait rendue obligatoire en 779 (« Dîme », Wikipédia, consulté le 7 octobre 2026). On distinguait les « grosses » dîmes, sur les céréales et le vin, et les « menues » dîmes, sur les fruits et les légumes (ibid.) ; l’acte de 1258 parle, lui, des dîmes « des récoltes et des animaux ». Malgré son nom, elle ne prenait pas toujours le dixième : à Saint-Gervais, au XVIIIe siècle, on la levait à la treizième gerbe de seigle et d’avoine (Semonsous, 2005, p. 373). Surtout, bien des dîmes étaient depuis longtemps aux mains de laïcs, qui les tenaient en fief et les vendaient ou les transmettaient comme n’importe quel revenu, ce que la réforme grégorienne voulut interdire (ibid.). Aleaume en est un bon exemple : en 1258, il garde pour lui les dîmes de Biollet ; en 1261, il en vend une partie au chapitre de Chamalières (Tardieu, 1877, p. 91). L’Église rachetait au seigneur ce que Dieu était censé recevoir gratuitement. La dîme fut abolie par la Révolution, en plusieurs étapes, entre 1789 et 1793 (ibid.).
  2. b. Le lambel est une petite pièce placée en haut de l’écu : une barre horizontale d’où pendent plusieurs languettes, les « pendants », trois le plus souvent, parfois quatre ou cinq. C’est une brisure, c’est-à-dire une modification légère des armes de la famille, qui permet à un fils aîné du vivant de son père, ou à une branche cadette, de porter le blason de sa maison tout en montrant qu’il n’en est pas le chef : les cadets de France brisaient ainsi les fleurs de lis d’un lambel (« Lambel » et « Brisure », Wikipédia, consultés le 23 octobre 2026). Le lion des Roche-d’Agoux est donc surmonté d’un lambel à cinq pendants sur le sceau d’Aleaume en 1258, et d’un lambel à trois pendants sur celui de son cousin Guillaume en 1261, dont le contre-sceau montre le lion seul (Douët d’Arcq, 1867, p. 52, n° 3410-3411) : deux cadets d’une même maison. Au XIIIe siècle, l’usage des brisures n’était pas encore réglé comme il le sera plus tard ; le lambel dit la parenté et la position cadette, non le rang exact d’Aleaume dans la famille.

Références

  1. 1. AN, J 192 A (Poitou II), n° 30 ; publié dans les Layettes du Trésor des chartes, t. III, 1875, n° 4444, p. 435-436.
  2. 2. J.-M. Cassagne et M. Korsak, Les noms de lieux du Puy-de-Dôme, Éditions Sud Ouest, 2006, p. 136, article « Les Gannes » (du latin vadum, « gué » ; cf. le limousin guana, « mare »).
  3. 3. Vilastanjas dans la traduction publiée par Semonsous, 2005, p. 88.
  4. 4. Layettes du Trésor des chartes, t. III, 1875, n° 4444, p. 435-436.
  5. 5. P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 105.
  6. 6. Cassagne et Korsak, 2006, p. 97, articles « La Combe » (vallée sans cours d’eau) et « La Combelle » (suffixe diminutif).
  7. 7. Layettes du Trésor des chartes, t. III, 1875, n° 4444, p. 435-436.
  8. 8. Fournier et Fournier, 1985, p. 204.
  9. 9. L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux, Archives de l’Empire, Inventaires et documents, 1re partie, t. II, Paris, 1867, p. 52, n° 3410.
  10. 10. Ph. de Bosredon, Sigillographie de l’ancienne Auvergne, 1895, p. 303, n. 3, qui juge « vraisemblable » cette origine commune ; nous y reviendrons dans un prochain billet.
  11. 11. Fournier et Fournier, Journal des savants, 1985, p. 205, d’après Semonsous, 1956, p. 196-197.
  12. 12. D 77 ; lecture vérifiée sur la numérisation en pleine résolution, AD63, 3 P 10099, vue 111 : « Rancoule », éventuellement « Raucoule ».
  13. 13. AD63, 3 P 10099, états de sections de Biollet, 1835 ; plan cadastral, section D, 1re feuille, AD63, 53 Fi 100.
  14. 14. Cadastre Etalab.
  15. 15. A 401, 403, 435-436 ; plan 53 Fi 92 ; AD63, 3 P 10099, états de sections de Biollet, 1835.
  16. 16. Forme « Belley » (1517) : Tardieu et Madebène, 1892, p. 153, notice « Bunleix ». Le rapprochement avec Bulleg est notre hypothèse ; aucune forme intermédiaire entre 1258 et 1517 n’est connue, et la graphie de 1258 reste à vérifier sur l’original.
  17. 17. Semonsous, 2005, p. 88.
  18. 18. AN, JJ XI, fol. 31, cité par Semonsous, 2005, p. 89 ; P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 118, range Aleaume parmi les « seigneurs de Termes ». L’identification possible des deux villes franches est notre hypothèse.
  19. 19. Fournier et Fournier, 1985, p. 190 et 204-205, qui ne mentionnent pas l’inventaire de JJ XI.
  20. 20. AN, JJ XI, fol. 31, cité par Semonsous, 2005, p. 89.
  21. 21. La sétérée est la surface qu’on ensemence avec un setier de grain. Semonsous, 2005, p. 37 (dans la justice de Roche-d’Agoux et les fiefs qui en sont issus, Pionsat, Gouttières, Pierrebrune, Espinasse, le boisseau pèse 26 livres et le setier de seigle, huit boisseaux, 208 livres ; 240 livres à Saint-Gervais ; pour l’avoine, le setier de Roche-d’Agoux fait neuf boisseaux), p. 36 (la livre pèse 489,5 g) et p. 41 (d’après les égalements de cens, la sétérée de Combraille est de 1 200 toises carrées, soit 45 ares, en bon sol, et couramment de 1 500 à 1 800 toises carrées en sol pauvre). Les mesures y sont celles du XVIIIe siècle. D’où nos arrondis : un setier de seigle ≈ 1 quintal, vingt setiers ≈ 2 tonnes, vingt sétérées ≈ 9 à 14 hectares.
  22. 22. P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 71 (baillie de Roche-d’Agoux : « 180 livres et 33 sous ; 827 setiers de blé ; 210 poules », d’après AN, JJ 11, fol. 28-33, § 53-55 ; affermée 440 livres en 1258 et 600 livres en 1266). Le registre ne précise pas en quelle monnaie, viennoise ou tournoise, sont comptées les sommes.
  23. 23. P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 73 (gages du châtelain de Roche-d’Agoux en 1267 : 2 sous 6 deniers par jour, soit 42 livres 12 sous 6 deniers par an, d’après BnF, ms. latin 9019, fol. 26-27).
  24. 24. AN, P 500, p. 28, cité par Semonsous, En Combraille au XVIIIe siècle, Revue d’Auvergne, 2005, p. 88.
  25. 25. A. Poitrineau, La vie rurale en Basse-Auvergne au XVIIIe siècle (1726-1789), Paris, PUF, 1965, « sur le pied d’un rendement courant de 4 à 5 grains pour 1 », compte tenu de l’assolement biennal (Gallica, ark:/12148/bpt6k3335711w, vue 204) ; les « rendements normaux » du seigle en montagne y sont estimés à 5 quintaux à l’hectare environ (vues 290-291). Ces chiffres valent pour la Basse-Auvergne du XVIIIe siècle ; nous n’en avons pas pour la Combraille. Calcul : la moitié de la semence, sur une récolte de 4 à 5 fois la semence, fait un huitième à un dixième de la récolte ; vingt sétérées semées de vingt setiers doivent dix setiers, soit environ une tonne, les années où toute la Franchise est en culture.
  26. 26. Semonsous, 2005, p. 86 (sentences du 1er septembre 1683 et du 13 août 1689 pour la seigneurie voisine de Roche-d’Agoux : la journée de manœuvre comptée 10 sous, le charroi 25 sous, la journée de bohade 3 livres). Quatorze livres font 280 sous, soit 28 journées à 10 sous ; le tarif est celui de 1683, quatorze ans après la déclaration.
  27. 27. AD63, 2 E 2631, cité par Semonsous, 2005, p. 89.
  28. 28. Déclaration (nommée) de 1669 : AN, P 500, p. 28, citée pour Biollet par Semonsous, 2005, p. 88 ; AD63, 2 E 2631, citée pour Termes, ibid., p. 89. L’hypothèse d’un seul texte conservé en deux exemplaires est la nôtre.
  29. 29. AD63, 3 P 10099, états de sections de Biollet, 1835, sections A à D (relevé des lieux-dits).
  30. 30. Semonsous, 2005, p. 83.
  31. 31. Semonsous, 2005, p. 57, qui y voit « la raison principale » de ces franchises.
  32. 32. Semonsous, 2005, p. 86-87.
  33. 33. Doléances recueillies par les enquêteurs d’Alfonse en Auvergne en 1263-1264 : P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 87, d’après AN, J 190B, n° 61 (« les chevaliers qui s’associaient au comte pour la création d’une ville franche occupaient seuls celle-ci ou du moins son emplacement si les habitants s’en retiraient »). Les Fournier y voient la trace d’une règle administrative de 1264 et le signe de la fréquence des échecs : Fournier et Fournier, 1985, p. 229, d’après P.-F. Fournier et P. Guébin, Enquêtes administratives d’Alfonse de Poitiers, 1959, p. 172, § 21.
  34. 34. P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 87, d’après AN, J 190B, n° 61.
  35. 35. AN, J 192 A (Poitou II), n° 30.

Sources

  • Pierre-François Fournier, Gabriel Fournier, « Villes et villages neufs au XIIIe siècle en Auvergne : à propos des fondations d’Alfonse de Poitiers », Journal des savants, 1985, p. 189-230, en particulier p. 190, 204-205 et 229 — Persée.
  • Pierre-François Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers dans la Terre d’Auvergne (thèse de l’École des chartes, 1911), éd. R. Roques, G. Fournier, B. Fizellier-Sauget, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2017, p. 71, 73, 87, 105 et 118.
  • « Dîme », Wikipédia — lien (consulté le 7 octobre 2026).
  • Ambroise Tardieu, Grand dictionnaire historique du département du Puy-de-Dôme, 1877, article « Biolet » (p. 91) — Gallica.
  • Layettes du Trésor des chartes, t. III (J. de Laborde, 1875), n° 4444, p. 435-436 (acte de 1258 ; Archives nationales, J 192 A, Poitou II, n° 30) — UB Heidelberg.
  • L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux, Archives de l’Empire, Inventaires et documents, 1re partie, t. II, Paris, H. Plon, 1867, p. 52, n° 3410.
  • Ph. de Bosredon, Sigillographie de l’ancienne Auvergne (XIIe-XVIe siècles), Brive, Imprimerie Roche, 1895, p. 302-303 — Gallica.
  • J. Semonsous, « Chartes de coutumes et de franchises d’entre Cher et Sioule au pays de Combrailles du XIIIe au XVIIIe siècle », Revue d’Auvergne, t. 70, 1956, p. 196-197 (texte repris dans Semonsous 2005, ch. 4).
  • Joseph Semonsous, En Combraille au XVIIIe siècle, textes réunis sous la coordination de Pierre Charbonnier, Revue d’Auvergne, t. 119, n° 575-576, 2005, p. 35-41 (poids et mesures), 57, 83, 86-89 (franchises de hameaux, sentences de 1683 et 1689, aveux de 1669 d’après AN, P 500 et AD63, 2 E 2631, inventaire des cens vers 1260, AN, JJ XI, fol. 31) et 373 (dîme à Saint-Gervais).
  • A. Tardieu et A. Madebène, Histoire illustrée de la ville et du canton de Saint-Gervais d’Auvergne, 1892, p. 148-150 et 153.
  • AD63, cadastre napoléonien de Biollet : états de sections (3 P 10099), plans des sections A (53 Fi 92) et D (53 Fi 100).
  • Cadastre Etalab (lieux-dits de Biollet, Espinasse, Saint-Priest-des-Champs) ; IGN, BD TOPO (tronçons hydrographiques).
  • Abel Poitrineau, La vie rurale en Basse-Auvergne au XVIIIe siècle (1726-1789), Paris, PUF, 1965 — Gallica (consultation partielle).
  • Jean-Michel Cassagne et Mariola Korsak, Les noms de lieux du Puy-de-Dôme, Éditions Sud Ouest, 2006, p. 97 et 136.