La Villefranche : un village neuf du XIIIe siècle

À l’extrémité nord de la commune, à cheval sur Espinasse et Biollet, se trouve le hameau la Villefranche. Nous l’avions croisé en dressant la liste des hameaux et lieux-dits de Biollet, avec cette particularité d’être partagé entre deux communes. Son nom n’est pas un hasard : il garde la mémoire d’une fondation seigneuriale du milieu du XIIIe siècle, et il n’est pas la seule « ville franche » que Biollet ait connue : nous consacrons un autre billet à celles du bourg et de Termes.

Le contexte : Alfonse de Poitiers et la Terre d’Auvergne

Au début du XIIIe siècle, Philippe Auguste s’empare de l’Auvergne (1210-1213). Les terres conquises forment la « Terre d’Auvergne ». Dans son testament de juin 1225, le roi Louis VIII prévoit de la donner, avec le Poitou, à l’un de ses fils cadets, Alfonse de Poitiers (1220-1271) : c’est son apanagea. L’enfant n’a alors que quatre ans. Il n’entre en possession de ces terres qu’en 1241, à vingt ans, lorsque son frère aîné, devenu le roi Louis IX (saint Louis), l’arme chevalier à Saumur et l’en investit1. La Combraille auvergnate, elle, avait d’abord été occupée par le seigneur de Bourbon, qui en avait conservé la gardeb ; elle ne revient aux Capétiens qu’en 1248-1249, et forme alors deux prévôtésc dont les sièges sont Roche-d’Agoux (Rochedagoux) et Châteauneuf (-les-Bains)2.

La Villefranche dans la Combraille du XIIIe siècle : les deux prévôtés d’Alfonse de Poitiers, Roche-d’Agoux et Châteauneuf, les seigneuries voisines du Montel-de-Gelat et de Saint-Gervais, les trois villes franches de la paroisse de Biollet, et les autres lieux cités dans ce billet. En pointillé, la commune actuelle. Fond : Plan IGN © IGN – Géoplateforme (licence Etalab 2.0).

Nous l’avons vu dans le billet consacré aux seigneurs de Biollet au XIIIe siècle : Biollet (Bualet) relevait alors de la châtellenied de Roche-d’Agoux, tandis que Termes relevait de Châteauneuf3.

Pour asseoir son autorité dans ces confins, entre les seigneuries voisines du Montel-de-Gelat et de Saint-Gervais4, Alfonse va utiliser un outil juridique alors très répandu : le pariage.

Qu’est-ce qu’un pariage ?

Un pariage (ou paréage) est un contrat par lequel deux seigneurs s’associent pour exercer en commun la seigneurie d’une terre : ils partagent la justice et les revenus, le plus souvent par moitié. Pour le petit seigneur local, l’intérêt est double : il obtient la protection d’un puissant (ici, le frère du roi) et il peut espérer que la fondation d’un village attire de nouveaux habitants — donc de nouveaux revenus. Pour le prince, c’est un moyen de prendre pied dans une seigneurie sans la conquérir. Quant aux paysans, on ne leur demande pas leur avis : ils ne changent pas de maître, ils en subissent un second.

C’est de cette façon qu’Alfonse de Poitiers et ses agents fondent, dans le sud-ouest, les fameuses bastides (Sainte-Foy-la-Grande en 1255, Castillonès en 1259…). En Auvergne, les fondations sont plus modestes. On en connaît cinq qui remontent à des initiatives d’Alfonse : deux à caractère urbain (Riom, le Moûtier de Thiers) et trois à caractère rural : Corne, près de Bourg-Lastic, dès 1256, et deux à Biollet !5

Qu’est-ce qu’une ville franche ?

Le mot ne doit pas tromper : au XIIIe siècle, une villa est un village, pas une ville, et nos « villes franches » sont des hameaux. Une ville franche, ou ville neuve, est un village que le seigneur fonde, ou refonde, sur ses terres, le plus souvent en défrichant un coin de forêt, et où il promet aux habitants des « franchises », c’est-à-dire des libertés. Concrètement, les paysans qui viennent s’y installer savent d’avance ce qu’ils devront, une redevance fixe en argent ou en grain, au lieu d’être taillés « à volonté » ; ils échappent aux servitudes les plus lourdes, comme la mainmorte, qui faisait du seigneur l’héritier du serf mort sans enfants ; et ils peuvent vendre ou léguer leur terre. C’est l’époque où l’Europe défriche et se peuple : un seigneur qui veut mettre en valeur un bois a besoin de bras, et pour attirer des colons, il doit offrir de meilleures conditions que le voisin6. La « liberté » des villes franches est donc d’abord un prix d’appel. Ce n’est pas rien pour ceux qui en profitent ; mais le seigneur ne libère personne par bonté : il place un capital.

Le seigneur, la main sur le livre, jure de respecter les coutumes de la ville devant ses habitants. Miniature du Livre d
Le seigneur, la main sur le livre, jure de respecter les coutumes de la ville devant ses habitants. Miniature du Livre des statuts et coutumes d’Agen (fin du XIIIe siècle), en tête de l’article qui oblige tout nouveau seigneur à prêter ce serment ; on y reconnaît traditionnellement Alfonse de Poitiers. Archives départementales de Lot-et-Garonne.

Dans les villes, les habitants obtenaient parfois davantage. À Agen, autre domaine d’Alfonse, le premier chapitre du Livre des coutumes oblige tout nouveau seigneur à jurer, devant les habitants, de respecter leurs coutumes7. Rien de tel chez nous. Aucune charte de coutumes n’a été conservée pour les villes franches de Biollet : on connaît leurs actes de fondation, pas les règles qui s’y appliquaient, et les franchises de hameaux de la région ne sont guère connues que par leurs traces dans les aveux des seigneurs8. Le seul serment que nous ayons est celui d’Aleaume de Biollet, en 1258, qui jure au comte, et non à ses paysans, de ne jamais revenir sur leur association9. Quant à ce que valait concrètement cette liberté, ce que les habitants devaient et ce dont ils étaient dispensés, on ne l’entrevoit que quatre siècles plus tard, dans une déclaration de 1669 qui concerne peut-être Termes plutôt que le bourg, et que nous détaillons dans le billet sur les villes franches de Biollet et de Termes.

Denier d'Alfonse de Poitiers pour le comté d'Auvergne, frappé à Riom entre 1250 et 1271, c'est-à-dire au temps des fonda
Denier d’Alfonse de Poitiers pour le comté d’Auvergne, frappé à Riom entre 1250 et 1271, c’est-à-dire au temps des fondations de Biollet et de la Villefranche (argent, 0,87 g) : au droit, un châtel tournois au fronton crénelé entre deux croissants ; au revers, une croix pattée cantonnée d’un annelet et d’une molette. Bibliothèque nationale de France, Monnaies, médailles et antiques, Hoffmann.180 (notice FRBNF44980202) ; domaine public, via Wikimedia Commons.

Ces petites pièces d’argent disent à leur façon ce qu’était le pouvoir d’Alfonse en Auvergne : c’est son nom qui circulait de main en main, jusque dans les foires de la Combraille, et c’est en deniers que les habitants des villes franches devaient payer leurs redevances, dont la moitié lui revenait.

Deux pariages en trois ans

La première des deux fondations de Biollet ne concerne pas notre hameau. En août 1258, Aleaume de Biollet, damoiseau d’une branche cadette de la famille châtelaine de Roche-d’Agoux, associe Alfonse de Poitiers à sa seigneurie du bourg, « afin qu’il y fasse une ville franche »10. Où cette ville franche s’est-elle installée, au bourg ou à Termes, et qu’en est-il resté ? Nous y consacrerons un autre billet, Les villes franches de Biollet et de Termes. Trois ans plus tard, un cousin d’Aleaume fait de même aux confins d’Espinasse, et cette fois, le village a gardé le nom.

La ville franche de 1261

En août 1261, c’est un autre membre de la famille, Guillaume de Roche-d’Agoux, damoiseau, « fils de feu Bertrand de Roche-d’Agoux, chevalier », qui associe Alfonse. En voici le passage essentiel11 :

ad quandam villam francham communem mihi et meis successoribus et dicto domino comiti et ejus successoribus de novo faciendam, forestam meam de Chaumonteyl et nemus meum de la Nogeyra cum suis pertinenciis, et villam meam dau Monteylet cum suis pertinenciis, et nemus ejusdem ville, et villam meam de Gotera et nemus cum suis pertinenciis, et quandam partem nemoris mei de la Chabacera
pour faire à neuf une ville franche commune à moi et à mes successeurs et audit seigneur comte et à ses successeurs, ma forêt de Chaumonteyl et mon bois de la Nogeyra avec leurs dépendances, mon village du Monteylet avec ses dépendances et le bois de ce village, mon village de Gouttière et son bois avec leurs dépendances, et une partie de mon bois de la Chabassière.

Lui aussi scelle l’acte. Son sceau, plus petit (35 millimètres), porte « un lion rampant, contourné, brisé d’un lambel de trois pendants », avec la légende « ✠ S’· W DE RVPE · DEGVLFI · DOMISELLI » (« sceau de Guillaume de Roche-d’Agoux, damoiseau ») ; au revers, un contre-sceau montre un simple lion rampant, sans légende12. Même lion que celui d’Aleaume sur l’acte de 1258, mais tourné dans l’autre sens et brisé d’un lambel différent : deux cadets de la même maison, chacun avec sa marque. L’héraldique servait déjà à dire, en un coup d’œil, qui héritait de quoi.

Guillaume apporte donc :

  • sa forêt de Chaumonteyl ;
  • son bois de la Nogeyra ;
  • son village dau Monteylet et son bois ;
  • son village de Gotera (Gouttière) et son bois ;
  • une partie de son bois de la Chabassière.

En échange, il percevra la moitié de tous les revenus de la nouvelle ville13. L’acte original décrit en outre précisément les limites du territoire :

  • à l’ouest, le chemin qui mène de la Bourgeade au Mazet ;
  • au nord, le ruisseau qui coule sous Ladieu et les Rochettes ;
  • à l’est, les dépendances de la ville de Gouttières ;
  • au sud, le chemin qui va de la Bourgeade au carrefour dau Landat, puis de là à la Chabassière, pour atteindre le chemin appelé Aubianers et le suivre jusqu’au Monteylet14.

Ce Gouttière de 1261 pose d’ailleurs un problème : la paroisse de Gouttières est bien au nord-est de la Villefranche, mais celle de Saint-Julien-la-Geneste s’intercale entre les deux. Ou bien les deux paroisses se sont séparées entre le XIIIe et le XVIe siècle, ou bien il existait à l’est de la Villefranche un autre village de Gouttière, aujourd’hui disparu15.

Les lieux de l'acte de 1261
Les lieux de l’acte de 1261 retrouvés au cadastre actuel d’Espinasse et de Biollet : les repères des limites et les deux lieux exclus. Fond : Plan IGN © IGN – Géoplateforme (licence Etalab 2.0).

Une traduction intégrale de l’original, faite au XXe siècle, lit un peu différemment : les repères sont des gasnes, des terrains humides (« la gasne de La Borgade », « la gasne du Maset », « la gasne de Ludieu ») ; le « carrefour » devient le « ruisseau de Laudat », et le chemin s’appelle « chemin d’Aubiavers »16. On y apprend aussi que la limite suivait, près de la Chabassière, « un fossé fait récemment pour la séparation des terres de lad. ville franche »17 : la ville franche de 1261 avait sa frontière creusée de frais.

Ce « ruisseau de Laudat » pourrait être celui de Laussedat (c’est notre hypothèse). Le nom existe toujours tout près : l’« Étang de Laussedat » sur Biollet et le hameau de Laussedat sur Saint-Priest-des-Champs, à un peu moins de quatre kilomètres au sud de la Villefranche18. Et le ruisseau qui passe au pied de cet étang, le Coli, descend justement des abords de la Chabassière. Sur les cartes, il semble naître à l’étang du Cheix, d’où il sort en eau permanente ; mais l’étang est lui-même alimenté par un ruisselet intermittent, que l’IGN appelle déjà « le Coli », et qui prend naissance à quelques centaines de mètres de la Chabassière19. C’est exactement là où la charte fait passer la limite « du ruisseau de Laudat aux terres cultivées de La Chabassière »20. Le plan cadastral de 1834 le confirme presque : le cours d’eau qui longe la limite de Saint-Priest et fait tourner le moulin y est écrit en toutes lettres « Ruisseau de Laussedat »21. Le Coli d’aujourd’hui s’appelait donc encore, il y a deux siècles, le ruisseau de Laussedat. En 1835, Laussedat était d’ailleurs bien plus qu’un étang : un hameau de la commune de Biollet, avec son moulin, sa maison et son jardin, appartenant à Mathieu Joubert, « à Laussedat »22.

Le Coli, que le plan cadastral de 1834 appelle encore « ruisseau de Laussedat ». Il naît, en écoulement intermittent, à quelques centaines de mètres au sud de la Chabassière, traverse l’étang du Cheix et passe au pied de Laussedat, à la limite de Saint-Priest-des-Champs. En gris pointillé, les limites communales. Fond : Plan IGN © IGN – Géoplateforme (licence Etalab 2.0) ; hydrographie : BD TOPO (IGN).

Guillaume excepte Ladieu, tenu de lui par son vassal Guillaume de Mazeyras23, et Pramaniat, qui appartient à Richard de Gouttières : « la terre des prés de Magnen »24. Il garde les dîmes et précise que ses propres hommes ne pourront pas être reçus dans la ville franche25 : il ne s’agit pas de vider ses autres villages au profit du nouveau ! La liberté, oui, mais pour les hommes des autres. Les revenus seront perçus par un baile (un agent commun) et partagés par moitié entre les deux seigneurs. On sait ce que valaient parfois ces agents : sous Alfonse, Géraud de Termes, baile de Roche-d’Agoux, fut condamné par les enquêteurs du comte pour rapt avec violence26.

Bourgeade, le Mazet, Ladieu, les Rochettes et Pramaniat sont aujourd’hui sur la commune d’Espinasse ; la Chabassière est sur Biollet. Le territoire de la fondation se trouvait donc exactement à la limite des deux paroisses — ce que confirme la situation du hameau actuel.

Ces terres, Guillaume les tenait déjà d’Alfonse avant la fondation27. On les retrouve d’ailleurs dans la liste des hommages prêtés au comte vers 1260 : un certain W. de Bualet, un Guillaume de Biollet, déclare tenir le mas de Gotira, une terre au-dessus des Prata Manhencs, la forêt de Champ Montelh, le village de Nogira et le mas de Montelh28 : à l’orthographe près, Gouttière, les prés de Magnen, Chaumonteyl, la Nogeyra et le Monteylet, cinq des lieux de l’acte de 1261. Ce Guillaume de Biollet pourrait bien être le Guillaume de Roche-d’Agoux qui fonde la Villefranche, mais un acte de 1245 sème le doute : nous y reviendrons dans un autre billet.

Les écrits l’appellent la Villefranche depuis la seconde moitié du XIIIe siècle29. On a pourtant écrit, à deux reprises, que les gens du pays l’appelaient « la Vialle »30. Or ce nom, qui vient du latin villa et désigne depuis le XIe siècle un village, une terre cultivée et habitée31, désigne chez nous d’autres lieux : il y a un lieu-dit les Vialles près de Termes et de Chantessel32, sans compter les « chez Vialle » et autres hameaux du même nom dans les environs. Confusion entre deux lieux, recopiée d’un livre à l’autre, ou usage aujourd’hui perdu ?

Une tradition locale, mise par écrit à la fin du XIXe siècle, veut que le hameau doive son nom à la gabelle, l’impôt sur le sel : la Villefranche aurait été « franche » parce qu’elle se trouvait du bon côté de la frontière du sel33. La chronologie suffit à écarter l’idée : le nom figure déjà dans la charte de 1261, qui ne parle pas de sel, quatre-vingts ans avant que le roi n’institue la gabelle34, et le dépôt de sel de Saint-Gervais ne date que de la fin du XVIe siècle35. La légende n’est pourtant pas née de rien. Au XVIIIe siècle, la frontière du sel passait bel et bien par le hameau : Biollet était « pays de vente libre », tandis qu’Espinasse dépendait du grenier à sel de Saint-Gervais, et c’est à Espinasse que résidait la brigade des gabelous36. L’explication se trompait donc de siècle : la frontière du sel n’a pas donné son nom à la Villefranche, elle est venue s’y installer bien après. Le sel, lui, n’a pas quitté la Villefranche : la route qui traverse le hameau a été baptisée en 2024 « Route de l’Or Blanc »37, en souvenir de la gabelle et des faux-sauniers. Pour la frontière, c’est mérité. Pour les contrebandiers, c’est plus généreux : un rapport de 1743 sur les paroisses où « les faux sauniers prennent du sel » précise qu’il n’en est « pas signalé » à Biollet38. S’ils sont passés par la Villefranche, ils ont su rester discrets, ce qui est après tout la première qualité d’un contrebandier.

Route de l'Or Blanc
« Route de l’Or Blanc », commune de Biollet, octobre 2026. La plaque est de 2024, la tradition de 1892 et la frontière du sel du XVIIIe siècle ; le nom du hameau, lui, est de 1261. Photo de l’auteur, licence CC BY-SA 4.0.
La Ville Franche sur le tableau d'assemblage du cadastre napoléonien de Biollet (1834). Les maisons s'alignent le long d
La Ville Franche sur le tableau d’assemblage du cadastre napoléonien de Biollet (1834). Les maisons s’alignent le long de la limite communale avec Espinasse (trait rose). On reconnaît au sud la Chabassière. AD63, 53 Fi 90.

Un village qui a « avalé » ses voisins

La fondation, faite dans un territoire encore largement boisé, semble avoir fait disparaître les deux lieux habités qui existaient auparavant — sans doute de simples hameaux au milieu des bois. Elle donna naissance à un village unique, la Villefranche, plus gros que les localités voisines, qui regroupa la population antérieure et attira de nouveaux habitants. Son plan est « desserré » : plusieurs noyaux de maisons s’égrènent le long d’un chemin39. C’est exactement ce que montre le cadastre de 1834, et ce que montrent encore le cadastre et la photographie aérienne d’aujourd’hui : trois groupes de maisons et de bâtiments agricoles s’égrènent sur quelque 600 mètres le long de la route qui traverse le hameau d’ouest en est, et cette route sert toujours de limite entre les deux communes, Espinasse au nord, Biollet au sud40.

La Villefranche vue du ciel : les maisons et les bâtiments agricoles s’égrènent le long de la route, qui sert de limite entre Espinasse, au nord, et Biollet, au sud (trait rouge). Le plan « desserré » de 1261 se lit encore, et personne ne s’est bousculé pour le resserrer. Photographie aérienne © IGN – Géoplateforme ; limite communale : geo.api.gouv.fr.

Sur le terrain, aujourd’hui

Plus de sept siècles après, une bonne partie des noms de l’acte figure encore au cadastre d’Espinasse ! La forêt de Chaumonteyl est devenue le lieu-dit Chaumonteix, au nord-ouest de la Villefranche ; Ladieu est Ludieu ; le Pramaniat de Richard de Gouttières, les « prés de Magnen », est Pramagnat, et le cadastre d’Espinasse a même conservé une « Ganne de Pramagnat », c’est-à-dire la gasne des textes — et ces deux lieux, que Guillaume excluait de sa donation, se trouvent justement à l’intérieur du périmètre décrit, comme de petites enclaves. Les Rochettes, le Mazet et la Bourgeade, qui servaient de repères pour les limites, sont toujours là41.

En revanche, le bois de la Nogeyra, le village dau Monteylet, le ruisseau (ou carrefour) de Laudat et le chemin d’Aubiavers (ou Aubianers) n’ont pas laissé de trace dans les noms actuels du cadastre. Pour le Monteylet, c’est logique : la fondation de la ville franche a sans doute absorbé les hameaux préexistants42. Quant à la Chabacera, c’est bien la Chabassière de Biollet : il existe aussi un petit hameau « Chabassière » sur Espinasse, mais il se trouve à l’ouest de la Bourgeade, c’est-à-dire en dehors du périmètre décrit par l’acte43.

Le sous-sol de la Villefranche a aussi son histoire. Près du hameau, le « Creux de Coufoux » (ou « Creux de Coufour ») est une ancienne fosse minière, dont le nom rappelle celui de « Coufetoux », que les habitants de Termes donnent à l’une de leurs fosses44. Le grand filon de quartz réapparaît d’ailleurs « près de la fosse de Coufoux et du bois des Clouziaux (Espinasse) », où existe « une importante tranchée perpendiculaire aux courbes de niveau »45. Les paysans de la ville franche de 1261 cultivaient donc peut-être des champs déjà creusés par des mineurs plus anciens.

La Villefranche aux XIXe et XXe siècles

Si la fondation fut sans doute un succès au XIIIe siècle, la Villefranche est restée un petit hameau. Les recensements de la partie biolletoise donnent46 :

1841185118661876188618961906191119211936
33273835221819101112

Mais ce n’est que la petite moitié du village, et même moins. Car la Villefranche est surtout espinassoise. Les recensements d’Espinasse récapitulent la population hameau par hameau47 ; en les ajoutant à ceux de Biollet48, on obtient la population du village entier :

 1846186118661881188618961906191119211936
Maisons (Espinasse)27192621222421181614
Habitants (Espinasse)13579948611010393797152
Habitants (Biollet)303038–221819101112
Village entier165109132 132121112898264

En 1846, le village complet comptait donc 165 habitants, 135 du côté d’Espinasse et 30 du côté de Biollet, des Thuel, Dumerat, Lécuyer, Tixier, Martin, Aubignat, Granet ou Berger, presque tous « cultivateurs »49. En 1936, il n’en restait que 64 : en moins d’un siècle, la Villefranche a perdu plus de six habitants sur dix. La ville franche fondée à la frontière de deux paroisses a fini, six siècles plus tard, par pencher nettement d’un côté ; puis par se vider des deux.

On retrouve la courbe de l’ensemble de la commune (voir la démographie de Biollet) : un maximum au milieu du XIXe siècle, puis l’exode rural.

L’été 1944

Sept siècles après sa fondation, le hameau, qui se vidait, a encore servi de refuge. Dès septembre 1943, la grange de Marcel Faure, à Bunleix, près du bourg, avait abrité l’un des premiers contacts entre résistants du secteur50. Le 14 juin 1944, un commando de la Résistance fait irruption au poste d’observation allemand de la Bourgeade, l’un des repères de la limite de 1261, et en rapporte couvertures et mousquetons51. En août, c’est à la Villefranche même que cantonne la compagnie 3/13 du capitaine Martin ; le 17 août, elle attaque des soldats allemands qui avaient tendu une souricière au château Lecoq, les met en déroute et leur fait abandonner un camion chargé du produit du pillage du château52. Le village que l’exode rural vidait s’était, pour un été, rempli d’hommes en armes.

Le hameau n’a pas oublié. Au bord de la route, deux pierres dressées sur un socle de maçonnerie, à l’ombre d’un chêne, portent une plaque53 : « Chêne planté en 1945 par les habitants de la Villefranche en l’honneur des prisonniers de guerre de retour de leur captivité en Allemagne », et quatre noms, Louis Gauvin, Germain Robert, Albert Verge, Raymond Verge ; « et des maquisards, combattants volontaires de la Résistance, qui partirent pour le Mont Mouchet le 17 mai 1944 », et quatre autres, André Beaufort, Lucien Carte, Jean Juliat, René Verge. Puis deux mots : « Souvenez-vous ». Les quatre volontaires rejoignaient le réduit du Mont Mouchet, que l’armée allemande attaqua trois semaines plus tard54.

La stèle de la Villefranche
La stèle de la Villefranche, octobre 2026, sous le chêne planté en 1945, qui a eu le temps de pousser. Entre les deux pierres, la silhouette d’un soldat sur fond tricolore. Photo de l’auteur, licence CC BY-SA 4.0.

En conclusion

La Villefranche est née d’un contrat entre deux seigneurs, en août 1261, sur des bois et deux hameaux que l’opération a fait disparaître. Près de huit siècles plus tard, le village porte encore, à la frontière d’Espinasse, la trace de sa fondation : un plan de maisons égrenées le long d’un chemin, une route qui sert toujours de limite entre deux communes, et son nom, que les chartes, les cadastres et les habitants ont gardé sans interruption.

Franche, cette ville ? Pour les habitants, la franchise voulait dire, en principe, des droits reconnus et des redevances connues d’avance. On en mesure encore un au XVIIIe siècle : quand un paysan vendait sa terre, le seigneur prélevait un droit sur le prix, les « lods et ventes », qui était d’un tiers du prix presque partout en Combraille, et d’un vingtième seulement, 12 deniers par livre, à la Villefranche comme à Termes55. Ce n’était pas rien. Pour les deux seigneurs, elle voulait surtout dire des revenus nouveaux, partagés par moitié et encaissés par un baile. Au Moyen Âge comme aujourd’hui, la liberté se négociait entre puissants, et les intéressés n’étaient pas à la table.

L’enquête n’est pas close. La charte originale dort aux Archives nationales56 : son latin dirait s’il faut lire « ruisseau de Laudat » ou « carrefour dau Landat », et donc si le ruisseau de Laussedat bornait déjà la ville franche en 1261. Le « W. de Bualet » qui rend hommage vers 1260 pour Champ Montelh et Nogira est-il le Guillaume de Roche-d’Agoux qui fonde la Villefranche ? Et où étaient le bois de la Nogeyra et le village du Monteylet ? Ces noms dorment peut-être dans un terrier, un acte notarié ou la mémoire d’un ancien. Si vous savez où se trouvait un champ, un pré ou un bois portant l’un d’eux, écrivez-nous : la Villefranche a encore des secrets à livrer.

Aveu : ce billet doit beaucoup à une intelligence artificielle, qui a lu les registres, traduit le latin et proposé un premier texte. Elle ne se fatigue pas, mais elle se trompe parfois : j’ai vérifié les sources autant que faire se peut et amendé le reste. Aleaume avait son baile, j’ai le mien.

Notes

  1. a. L’apanage est la part du domaine royal que le roi de France donnait à ses fils cadets, en compensation de la couronne réservée à l’aîné. Le mot vient de l’ancien français apaner, « nourrir de pain » (latin médiéval apanare, de panis, « pain ») (Wiktionnaire, « apanage », consulté le 7 octobre 2026) : le cadet recevait de quoi tenir son rang. Il gouvernait sa terre et en touchait les revenus, mais elle devait revenir à la couronne s’il mourait sans héritier. C’est ce qui arriva en 1271 : Alfonse et sa femme Jeanne de Toulouse moururent sans enfants, les 21 et 22 août, et Philippe III fit aussitôt prendre possession de tous leurs domaines. Le mot lui-même n’apparaît qu’au début du XIVe siècle (P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 38-39 et n. 1, d’après J. Le Goff, « Apanage », Encyclopaedia Universalis, 1980). Autrement dit, on découpait le royaume pour que les cadets ne réclament pas le tout, en prenant bien soin de pouvoir le recoller.
  2. b. Dès la fin du XIIe siècle, les sires de Bourbon servaient d’agents aux rois capétiens en Auvergne, et s’agrandissaient au passage de ce côté. C’est Gui de Dampierre, devenu sire de Bourbon par mariage, qui conquit l’Auvergne pour Philippe Auguste en 1212-1213 ; le roi lui en confia la garde, pas la propriété, et Gui en profita pour acquérir de nombreux domaines dans le nord de la province. Son fils Archambaud VI s’engagea en 1216 à garder la Terre d’Auvergne et à la rendre au roi à sa demande : c’est pourquoi Louis VIII put la léguer à Alfonse. Les Bourbon rendirent la garde au plus tard en 1241, mais conservèrent leurs fiefs auvergnats, dont ils continuaient à faire hommage au roi plutôt qu’à Alfonse. En 1247, Alfonse réclama cet hommage et saint Louis lui donna raison ; par un accord de mars 1248, Roche-d’Agoux, Pionsat, Barrot, Les Fayes et Les Ayes furent attribués à Alfonse, en échange de Bellenave et Banassat. Le fils de celui-ci, Archambaud VII, mourut à Chypre en janvier 1249, en route pour la croisade, et son gendre Eudes de Bourgogne prêta serment à Alfonse en octobre (P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 23-31 et 114-116 ; numérotation de Fournier, d’autres auteurs, comme Max Fazy, comptent un rang de plus : VII et VIII). Les Bourbon avaient fait le travail du roi en se payant au passage ; il fallut un arbitrage royal et un mort à Chypre pour qu’ils rendent la monnaie.
  3. c. Dans la Terre d’Auvergne d’Alfonse, la prévôté, qu’on appelait plus souvent bailie (prepositura, ballivia), était la circonscription de base de l’administration comtale. Son agent, le prévôt ou baile, en général un homme du pays, y percevait les revenus du comte, gérait son domaine et rendait une petite justice (menus délits, quelques causes civiles). La charge était moins une fonction qu’une affaire : chaque année, le connétable d’Auvergne la mettait aux enchères et l’adjugeait au plus offrant, pourvu qu’il fût solvable ; en conséquence, note Fournier, ces agents étaient « souvent d’une moralité douteuse » (P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 59-60 et 63-64). La bailie de Roche-d’Agoux, qui s’étendait de Pionsat à Espinasse et Biollet, fut ainsi affermée 320 livres en 1256 et 600 livres en 1266 (ibid., p. 71-72) : en dix ans, le prix avait presque doublé, et c’étaient les habitants qui payaient la différence.
  4. d. La châtellenie est le territoire qui dépend d’un château. Sous Alfonse, le châtelain, payé à gages fixes, gardait et défendait le château, convoquait les hommes au service militaire et avait sans doute aussi des attributions judiciaires ; celui de Roche-d’Agoux touchait en 1267 deux sous six deniers par jour, soit 42 livres par an (P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 74). Selon Fournier, les châtelains étaient « placés dans l’ordre militaire sur le même plan, semble-t-il, que les bailes dans l’ordre administratif » (ibid.). Châtellenie et prévôté de Roche-d’Agoux désignent donc, selon toute apparence, le même ressort autour du même château, vu sous deux angles : militaire pour l’une, fiscal et administratif pour l’autre. Le mot employé dépend du document : la liste des hommages des vassaux d’Alfonse range Biollet sous le titre Homagia castellanie de Rupe Dagulphi, « hommages de la châtellenie de Roche-d’Agoux » (Chassaing, Spicilegium Brivatense, 1886, p. 60), alors que Fournier décrit ce même dénombrement comme « classé par prévôté » (P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 5). Biollet relevait ainsi des deux à la fois.

Références

  1. 1. P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 38-39.
  2. 2. P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers dans la Terre d’Auvergne, p. 118-119 et 136-138.
  3. 3. P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 70-72.
  4. 4. Fournier et Fournier, 1985, p. 204.
  5. 5. P.-F. et G. Fournier, « Villes et villages neufs au XIIIe siècle en Auvergne », Journal des savants, 1985, p. 190 et 205. Corne (commune de Bourg-Lastic) : pariage de 1256 entre Alfonse et Louis de Roure, chanoine de Clermont, ibid., p. 202-204 (Layettes du Trésor des chartes, t. III, n° 4256) ; le village, « de plan lâche », à quatre noyaux de maisons, ressemble à notre Villefranche.
  6. 6. Fournier et Fournier, 1985, p. 189-190 (villes et villages neufs dans la croissance des XIe-XIIIe siècles ; pariages) ; Semonsous, 2005, p. 57 (la mainmorte, « raison principale » des franchises de hameaux entre Cher et Sioule).
  7. 7. Livre des statuts et coutumes d’Agen, AD Lot-et-Garonne, p. 35 de la numérisation.
  8. 8. Semonsous, 2005, p. 86.
  9. 9. Layettes du Trésor des chartes, t. III, n° 4444.
  10. 10. AN, J 192, Poitou II, n° 30 ; publié dans les Layettes du Trésor des chartes, t. III, 1875, n° 4444, p. 435-436.
  11. 11. Layettes du Trésor des chartes, t. IV, 1902, n° 4700, p. 22-23.
  12. 12. L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux, Archives de l’Empire, Inventaires et documents, 1re partie, t. II, Paris, 1867, p. 52, n° 3411.
  13. 13. Layettes du Trésor des chartes, t. IV, 1902, n° 4700, p. 22-23 ; Fournier et Fournier, 1985, p. 205.
  14. 14. P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 136-138.
  15. 15. Fournier et Fournier, 1985, p. 205, n. 24.
  16. 16. Traduction de P.-F. Fournier d’après AN, J 192, n° 34, publiée par Semonsous, En Combraille au XVIIIe siècle, 2005, p. 87-88.
  17. 17. Traduction de P.-F. Fournier, publiée par Semonsous, 2005, p. 87-88.
  18. 18. Cadastre Etalab, lieux-dits de Biollet et de Saint-Priest-des-Champs.
  19. 19. IGN, BD TOPO, tronçons hydrographiques et plans d’eau (consultés le 7 octobre 2026) : le tronçon nommé « le Coli » commence à environ 450 m de la Chabassière, en écoulement intermittent, traverse l’étang du Cheix (retenue) et en ressort en écoulement permanent.
  20. 20. Traduction Fournier, Semonsous, 2005, p. 87.
  21. 21. Plan cadastral de Biollet, section A, 2e feuille, AD63, 53 Fi 92.
  22. 22. AD63, 3 P 10099, états de sections, section A, n° 677-680, « le Moulin de Laussedat ».
  23. 23. « Guillaume de Mazières, mon homme » dans la traduction publiée par Semonsous.
  24. 24. Traduction de P.-F. Fournier d’après AN, J 192, n° 34, publiée par Semonsous, En Combraille au XVIIIe siècle, 2005, p. 87-88.
  25. 25. Fournier et Fournier, 1985, p. 205.
  26. 26. P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 63, n. 56.
  27. 27. P.-F. Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers, p. 138 (« tenues auparavant d’Alfonse par Guillaume »).
  28. 28. Chassaing, Spicilegium Brivatense, 1886, p. 60, § 277 ; voir notre billet sur les seigneurs de Biollet au XIIIe siècle.
  29. 29. Semonsous, 2005, p. 87.
  30. 30. Tardieu et Madebène, Histoire illustrée de la ville et du canton de Saint-Gervais d’Auvergne, 1892, p. 47 (« Villefranche (commune de Biollet), autrement dit la Vialle ») et p. 189 (« La Villefranche, vulgo La Vialle ») ; Semonsous, 2005, p. 87 (« appelé par tous les gens du pays « La Vialle » »).
  31. 31. Cassagne et Korsak, 2006, p. 336-337, articles « Vialle » et « Les Vialles ».
  32. 32. Cadastre actuel de Biollet.
  33. 33. Tardieu et Madebène, Histoire illustrée de la ville et du canton de Saint-Gervais d’Auvergne, 1892, p. 47 (« Quant à Villefranche, son nom lui venait de ce qu’il était exempt du droit de gabelles […] C’est la tradition locale ») et p. 189, article « La Villefranche » (« C’était un lieu de franchise pour le sel […], d’où son nom significatif ») ; repris par É. Pauly, Grenier à sel de Montluçon et faux-saunage en Combraille, 1946, p. 37-38. Voir aussi notre billet sur les faux-sauniers.
  34. 34. Ordonnance de Philippe VI du 20 mars 1340, soit 1341 dans notre calendrier (l’année commençait alors à Pâques), qui établit le monopole royal sur la vente du sel : Semonsous, 2005, p. 121.
  35. 35. Semonsous, 2005, p. 87.
  36. 36. Semonsous, 2005, p. 123 et 144 (brigade d’Espinasse, 1733) ; AD63, C 1733 ; Tardieu et Madebène, 1892, p. 48 (la brigade des gabelles résidait à Espinasse, « puisque c’était la limite du pays rédimé des gabelles ») et p. 167.
  37. 37. IGN, BD TOPO, 2026.
  38. 38. AD63, C 1733, cité par Semonsous, 2005, p. 126 ; voir notre billet sur les faux-sauniers.
  39. 39. P.-F. et G. Fournier, « Villes et villages neufs au XIIIe siècle en Auvergne », Journal des savants, 1985, p. 205. Interprétation des Fournier.
  40. 40. IGN, orthophotographie et plan cadastral, Géoportail, consultés le 7 octobre 2026.
  41. 41. Cadastre Etalab, lieux-dits d’Espinasse.
  42. 42. Fournier et Fournier, 1985, p. 205.
  43. 43. Cadastre Etalab, lieux-dits d’Espinasse et de Biollet ; voir la carte.
  44. 44. Rigaud et al., « Les fosses de Termes », FINES, t. 4, 2009, p. 13, n. 19, d’après Rigaud, 2000, p. 245.
  45. 45. Rigaud et al., 2009, p. 7.
  46. 46. AD63, recensements de Biollet, 6 M 784-802 ; voir le billet Démographie de Biollet.
  47. 47. AD63, 6 M 2966-2983, récapitulations par hameau ; 1846 compté sur la liste nominative.
  48. 48. AD63, 6 M 785-802.
  49. 49. AD63, 6 M 2966.
  50. 50. Musée de la Résistance de la Zone 13 (Saint-Gervais-d’Auvergne), « Chronologie des événements », en ligne, consulté le 7 octobre 2026, à la date du 15 septembre 1943 environ.
  51. 51. Ibid., 14 juin 1944.
  52. 52. Ibid., 17 août 1944 (« la Compagnie 3/13 du Capitaine Martin, cantonnée à la Villefranche d’Espinasse »).
  53. 53. Inscription de la stèle de la Villefranche, relevée sur place le 11 octobre 2026.
  54. 54. Sur le réduit du Mont Mouchet, rassemblé à partir du 20 mai 1944 et attaqué par les Allemands les 2 et 10-11 juin 1944 : G. Lévy et F. Cordet, À nous, Auvergne ! La vérité sur la Résistance en Auvergne, 1940-1944, Paris, Presses de la Cité, 1974.
  55. 55. Semonsous, 2005, p. 83.
  56. 56. AN, J 192 A (Poitou II), n° 34.

Sources

  • P. Rigaud, J.-L. Courtadon, M. Nénot, P. Gervais et P. M. Ganne, « Les fosses de Termes (commune de Biollet, Puy-de-Dôme) », FINES. Archéologie & histoire en Combraille, t. 4, 2009, p. 7 et 13 (Creux de Coufoux).
  • Pierre-François Fournier, Gabriel Fournier, « Villes et villages neufs au XIIIe siècle en Auvergne : à propos des fondations d’Alfonse de Poitiers », Journal des savants, 1985, p. 189-230 — Persée.
  • Pierre-François Fournier, Étude sur l’administration d’Alfonse de Poitiers dans la Terre d’Auvergne (thèse de l’École des chartes, 1911), éd. R. Roques, G. Fournier, B. Fizellier-Sauget, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2017, p. 63, 87, 105 (et n. 4, sur les fausses chartes de croisade), 118-119 et 136-138.
  • Wiktionnaire, « apanage » — lien (consulté le 7 octobre 2026).
  • Léon Gallet, Les traités de pariage dans la France féodale, 1935 — Gallica.
  • Augustin Chassaing, Spicilegium Brivatense, 1886, p. 60, § 277 et 281.
  • Layettes du Trésor des chartes, t. III (J. de Laborde, 1875), n° 4444, p. 435-436 (acte de 1258 ; Archives nationales, J 192, Poitou II, n° 30) — UB Heidelberg ; t. IV (É. Berger, 1902), n° 4700, p. 22-23 (acte de 1261 ; AN, J 192, Poitou II, n° 34) — Internet Archive.
  • L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux, Archives de l’Empire, Inventaires et documents, 1re partie, t. II, Paris, H. Plon, 1867, p. 52, n° 3410 (Aleaume) et 3411 (Guillaume).
  • J. Semonsous, « Chartes de coutumes et de franchises d’entre Cher et Sioule au pays de Combrailles du XIIIe au XVIIIe siècle », Revue d’Auvergne, t. 70, 1956, p. 196-197 (texte repris dans Semonsous 2005, ch. 4).
  • Joseph Semonsous, En Combraille au XVIIIe siècle, textes réunis sous la coordination de Pierre Charbonnier, Revue d’Auvergne, t. 119, n° 575-576, 2005, p. 35-41 (poids et mesures), 56-57, 83, 86-89 et 123 (traduction de P.-F. Fournier de l’acte de 1261 ; aveux de 1669 d’après AN, P 500 et AD63, 2 E 2631 ; inventaire des cens vers 1260, AN, JJ XI, fol. 31).
  • A. Tardieu et A. Madebène, Histoire illustrée de la ville et du canton de Saint-Gervais d’Auvergne, 1892, p. 148-150 et 225.
  • Livre des statuts et coutumes d’Agen, Archives départementales de Lot-et-Garonne (miniature du serment, p. 35 de la numérisation).
  • Denier d’Alfonse de Poitiers, Riom, 1250-1271, BnF, Monnaies, médailles et antiques, Hoffmann.180 (via Wikimedia Commons).
  • AD63, recensements de Biollet (6 M 784-802) et d’Espinasse (6 M 2966-2983).
  • AD63, cadastre napoléonien de Biollet : états de sections (3 P 10099), plans des sections A (53 Fi 92) et D (53 Fi 100).
  • IGN, orthophotographie et plan cadastral (Géoportail).
  • Cadastre Etalab (lieux-dits de Biollet, Espinasse, Saint-Priest-des-Champs) ; IGN, BD TOPO (tronçons hydrographiques).
  • AD63, cadastre napoléonien de Biollet, tableau d’assemblage (FRAD063_53Fi_00090).
  • Jean-Michel Cassagne et Mariola Korsak, Les noms de lieux du Puy-de-Dôme, Éditions Sud Ouest, 2006, p. 97, 136 et 336-337.
  • Musée de la Résistance de la Zone 13 (Saint-Gervais-d’Auvergne), « Chronologie des événements » — lien (consulté le 7 octobre 2026).
  • Gilles Lévy et Francis Cordet, À nous, Auvergne ! La vérité sur la Résistance en Auvergne, 1940-1944, Paris, Presses de la Cité, 1974.
  • Stèle de la Villefranche, inscription relevée sur place le 11 octobre 2026.

Biollet dans le Spicilegium Brivatense

Le Spicilegium Brivatense. Recueil de documents historiques relatifs au Brivadois et à l'Auvergne est un ouvrage (disponible en ligne) publié en 1886 d'Augustin CHASSAING, archiviste paléographe, juge au tribunal du Puy. Il contient 211 documents de l'année 874  à l'année 1709 issus des archives départementales de la Haute-Loire, du Puy-de-Dôme et de la Lozère, des Archives nationales et du dépôt des manuscrits de la Bibliothèque nationale à Paris. Certains documents sont intéressant pour l'histoire de Biollet. Beaucoup des documents étudiés étant en latin médiéval, les traductions (en vert) présentes dans cet article ont été produites par ChatGPT.

Le document n°30, Dénombrement des vassaux du comte Alfonse en Auvergne, De 1250 environ à 1263 environ est un document recensant les hommages féodaux faits par des seigneurs vassaux d'Alfonse de Poitiers. Voici une sélection concernant Biollet.

XII. - HOMAGIA CASTELLANIE DE RUPE DAGULPHI
Les hommages de la châtellenie de Roche-d'Agoult

277. W. de Bualet, de hoc quod habet in villa de Bocangas et in pertinenciis, et in villa de Murat et in pertinenciis, et in masso de Gotira et in pertinenciis, et mensa (corr. : manso) de Crozet, de Rochimar et Fraugiras, et in terra sita supra Prata Manhencs, et in memore de Champ Montelh, et in villa de Nogira et in pertinenciis, et ine memore  et in mansso de Montelh, et in perochiis d'Espinata, Sancti Mauricii, Sancti Ylarii, et la Chalum Nermoyssent, et in feudo W. Debbetz (corr. : del Betz), et in perochia  de Charant et in ballagio, et de hoc quod tenent ab eo nepotes presbiteri de Molis, et in feudo Guioneti de Sancto Preiecto, de Crozet et de Faugeras, et in feudo P. Petiti de Ronchimar, fecit homagium.
277. W. de Bualet a prêté hommage pour ce qu'il possède dans le village de Bocangas et ses dépendances, dans le village de Murat et ses dépendances, dans le mas de Gotira et ses dépendances, ainsi que dans le manoir de Crozet, de Rochimar et Fraugiras, pour les terres situées au-dessus des Prats de Manhencs, dans la forêt de Champ Montelh, dans le village de Nogira et ses dépendances, dans la forêt et le mas de Montelh, dans les paroisses d'Espinata, de Saint-Maurice, de Saint-Hilaire, ainsi que la Chalum Nermoyssent, dans le fief de W. del Betz, dans la paroisse de Charant et sa juridiction, et pour ce que lui doivent les neveux du prêtre de Molis, dans le fief de Guionet de Saint-Priest, de Crozet et de Faugeras, et dans le fief de P. Petit de Ronchimar.
281. Haleunius de Bualeto, domicellus, de hoc quod habet in perochia de Bualeto ex parte patris sui, fecit fidelitatem.
281. Haleunius de Bualet, écuyer, a prêté serment de fidélité pour ce qu'il possède dans la paroisse de Bualet de la part de son père.
299. Stephanus de Termes, de hoc quod habet in masso de la Cora, et in perochia de Buyseira, et de domo sua sita in eadem perochia, fecit homagium.
299. Étienne de Termes a prêté hommage pour ce qu'il possède dans le mas de la Cora, dans la paroisse de Buyseira, ainsi que pour sa maison située dans cette même paroisse.

XIV. - HEC SUNT HOMAGIA CASTRINOVI
Voici les hommages de Châteauneuf

356. W. de Termes, et G. frater ejus, de hoc quod habent in villa de Termes sita in perochia de Bualet, et de hoc quod possidet idem W. in villa de Molis sita in perochia Sancti Gervazii, et de quodem molendino sito in riperia Castrinovi, fecerunt  homagium.
356. W. de Termes, et G., son frère, ont prêté hommage pour ce qu'ils possèdent dans le village de Termes, situé dans la paroisse de Bualet, et pour ce que W. possède dans le village de Molis, situé dans la paroisse de Saint-Gervais, ainsi que pour un moulin situé sur la rivière de Châteauneuf.
357. G. filius Stephani de Termes, serviens, de terra de molendino Ausarant sitis in perochia Sancti Gervizii, et de hoc quod hanbetn in villa de Salamangna et in villa de Lobeira sitis in perochia de Nepdona, et de sua balivia sita in perochia Mirimontis, de qua debet XVI solidos IIII denarios de mutagio, fecit homagium.
357. G., fils d'Étienne de Termes, sergent, a prêté hommage pour la terre du moulin d'Ausarant, située dans la paroisse de Saint-Gervais, ainsi que pour ce qu'il possède dans les villages de Salamangna et de Lobeira, situés dans la paroisse de Nepdona, et pour sa charge située dans la paroisse de Mirimont, pour laquelle il doit seize sous et quatre deniers de taxe sur les marchandises.
363. Eldinus Noveville, de hoc quod habet in perochia Sancti Gervizii et Sancti Preiecti, exceptis prot de Joat et de Crinachalmis (corr. : Ganichalmis ?) et de hoc quod habet in villa de Termes sita in perochia de Bualet, fecit homagium.
363. Eldinus de Noveville a prêté hommage pour ce qu'il possède dans les paroisses de Saint-Gervais et de Saint-Priest, à l'exception des prés de Joat et de Ganichalmis, ainsi que pour ce qu'il possède dans le village de Termes situé dans la paroisse de Bualet.
370. G. filius P. de Termes, de hoc quod habet in manso d'Ayssarts sito in perochia de Nepdogna, et de quod habet in villa de Termes sita in perochia de Bualets, et de hoc quod habet in mansis dal Biades et de Chalmeta sitis in perochia Mirimontis, fecit homagium.
370. G., fils de P. de Termes, a prêté hommage pour ce qu'il possède dans le mas d'Ayssarts, situé dans la paroisse de Nepdogna, pour ce qu'il possède dans le village de Termes, situé dans la paroisse de Bualet, ainsi que pour ce qu'il possède dans les mas de Biades et de Chalmeta, situés dans la paroisse de Mirimont.
378. G. de Termes, de hoc quod habet in decima de Cengla, et in mansis de Cengla et de Chabanes, et de hoc quod habet in decima de la Vortz et de la Rocheta sitis in perochia Mirimontis, et de hoc quod habet in manso Salamangna et de Lobeira, et de molendino de la Pradella sito in perochia Sancti Gervazii, et de sua  balivia sita in periochia Mirimontis, de qua debet XVI solidos VIII denarios de mudagio, fecit homagium.
378. G. de Termes a prêté hommage pour ce qu'il possède dans la dîme de Cengla, ainsi que dans les mas de Cengla et de Chabanes, pour ce qu'il possède dans la dîme de la Vortz et de la Rocheta situées dans la paroisse de Mirimont, pour ce qu'il possède dans le mas de Salamangna et de Lobeira, pour le moulin de la Pradella situé dans la paroisse de Saint-Gervais, ainsi que pour sa charge située dans la paroisse de Mirimont, pour laquelle il doit seize sous et huit deniers de taxe sur les marchandises.

Nous constatons que Biollet, orthographié Bualet, dépendait de la châtellenie de Roche-d'Agoult, tandis que Termes, hameau de Biollet dépendait de Châteauneuf. Outre Eldinus Noveville, qui ne semble pas être seigneur de Biollet ou d'un hameau de Biollet, nous rencontrons :

  • W. de Biollet
  • Haleunius de Biollet
  • Étienne de Termes
  • W. de Termes et son frère G.
  • G. fils d'Étienne de Termes
  • G. fils de P. de Termes
  • G. de Termes

Bien, bien, bien... Nous voilà bien avancé ! 😄

Le document n°56, Tournée des commissaires enquêteurs du comte Alfonse en Auvergne, 8, 12, 15 mars ; 5, 7, 12, 26 avril ; 18 mai 1267 est un rapport des enquêteurs envoyés par Alfonse de Poitiers. On y lit :

Item, est in emenda domini comitus Giraudus de Terminis de hoc quod ipse, dum erat bajulus Ruppis Dagulphi, investivit et sesivit dictum Remundum Radulphi de dictos manso de Ripparia, postquam dominus comes habuit et lucratus fuit per judicium contra dictum Remondum, et de hoc sunt plegii Bardinons, Durandus Cuenz et Johannes Cuens Sancti Gervasii.
De même, Giraud de Termes est soumis à l'amende du seigneur comte pour avoir, alors qu'il était bailli de Roche-d'Agoux, investi et saisi ledit Raymond Raoul du manse [terre] de Ripparia, après que le seigneur comte l'eût obtenu et gagné par jugement contre ledit Raymond. Et pour cela, les garants sont Bardinon, Durand Cuenz et Jean Cuens de Saint-Gervais.

En résumé, Giraud de Termes est sanctionné pour avoir donné la possession d'une terre à Raymond Raoul, malgré une décision de justice en faveur du comte.

Le document °90, Compte de Gérard de Paray, bailli d'Auvergne, pour le terme de l'Ascension 1299, 28 mai 1299 est un livre de compte des sommes perçues par un bailli d'Alfonse de Poitiers en son nom. On y trouve le paragraphe suivant :

A Petro de Termes, preposito Ruppis Dagulphi, pro eo quia citatus bis vel ter fuit coram tenente locum ballivi, et nomuit hobedire, pro toto, LX s.
À Pierre de Termes, prévôt de Roche-d'Agoux, parce qu'il a été cité deux ou trois fois devant le représentant du bailli, et a refusé d'obéir, en totalité, 60 sous.

Pierre de Termes a donc été condamné à une amende de 60 sous pour avoir refusé de se présenter et d'obéir après avoir été cité plusieurs fois devant le représentant du bailli.

Enfin dans le document n°167, Compte de Berthon Samadre, receveur d'Auvergne, où l'on voit la division du bas pays d'Auvergne en onze prévôtés et six cent trente-quatre paroisses ou collectes :

25. De la paroisse de Bioulet, pour II feux, XXIII escus.

Deux foyers étaient donc imposés à Biollet pour un total de 23 sous.

Le Cheix : hameau de Biollet

L'existence du Cheix est attestée depuis 1397 sous la forme Le Chier.

Toponymie

Le Cheix vient de l'ancien occitant cheir (rocher), issu du bas-latin carium, lui-même venant du pré-indo-europén Kal / Kar / Gar signifiant pierre ou rocher [1]. En Auvergne, on trouve la variante Chier qui signifie bout ou extrémité d'un relief [2] et [3]. Sans doute le hameau du Cheix tient-il son nom de l'avancée rocheuse sur laquelle sera édifié un château féodal sur les ruines duquel nous trouvons maintenant les Ateliers du temple.

Le château

On sait peu de chose sur le château original. On croit qu'il a été bâti après la ruine de celui de Biollet, probablement au XIe siècle [4] et aurait disposé de six tours. Au XVIIe siècle, c'était un corps de logis sans caractère [4]. Tout autour, régnait, gravée sur un cordon de pierre de Volvic, une inscription latine [4]. Fin XIXe siècle, il ne restait plus qu'une masure dénaturée, notamment la cuisine [4]. Après sa restauration, seules les restes de trois tours sont encore visibles côté ouest du bâtiment principal.

Les seigneurs et propriétaires

Le premier seigneur du fief connu est Chatard de Rochedagoux , seigneur du Cheix, bailli des montagnes d'Auvergne en 1397. Le fief passa ensuite au mains de la famille Le Loup pendant une centaine d'année, dont Annet Le Loup en était seigneur en 1609.

Blason de la famille Le Loup
Blason de la famille Le Loup
« D'azur, au loup passant d'or. »

Sa fille, Gabrielle apporta en dot les terres de Chey, Chalusset, Biollet et Termes à son époux, Gilbert de Vallon de Boucheron d'Ambrugeac qu'elle épouse le 6 mars 1640 [5]. La famille se fixe au château du Chey, et ce serait l'année suivante, en 1641, que Gilbert deviendrait "seigneur de Duchez, de Biollet, du Puy-Duprat, & de la Baronnie de Termes." [6] Le dernier seigneur du Cheix est son arrière-arrière-petit-fils, Gabriel-Louis de Vallon du Boucheron d'Ambrugeac, né le 2 janvier 1732 à Biollet [3].

Blason de la famille de Valon du Boucheron
« Écartelé : aux 1 et 4 contre-écartelé d'or et de gueules ; aux 2 et 3 d'or à trois lionceaux de gueules. »
Source : WikiMedia

Après la nuit du 4 août 1789 abolissant les privilèges féodaux, le Cheix reste propriété de la famille jusque vers 1825, où le Cheix est vendu par son propriétaire, Alexandre-Charles-Louis de Valon du Boucheron d'Ambrugeac. [5]

Le Cheix aujourd'hui

Le hameau ne compte plus d'habitant permanent aujourd'hui mais reste occupé. Après avoir été la chocolaterie Choco Marcel, l'ancien château a été racheté par la communauté bouddhiste pour en faire les Ateliers du temple. L'étang reste un lieu privilégié pour la pêche. On y trouve également le local de l'amicale laïque de Biollet et le local de la société de chasse de Biollet.

[1] https://vousvoyezletopo.home.blog/2023/10/28/le-cheix-sur-morge-p-de-d-et-verfeil-h-g-les-repauxdev/
[2] Bonnaud Pierre. La topographie et les propriétés du sol dans la toponymie des lieux habités de l'Auvergne. In: Nouvelle revue d'onomastique, n°3-4, 1984. L'Auvergne. pp. 5-22 ; https://doi.org/10.3406/onoma.1984.881
[3] Toponymie nord-occitane de Bénédicte et Jean-Jacques Fénié - Editions Sud Ouest.  p. 80
[4] Histoire illustrée de la ville et du canton de Saint-Gervais d'Auvergne / par Ambroise Tardieu et Augustin Madebène
[5]  Coutumes générales et locales de la province d'Auvergne. T. 4 / par M. Chabrol
[6]  Dictionnaire de la noblesse : contenant les généalogies, l'histoire et la chronologie des familles nobles de France. Tome 3 / par de La Chenaye-Desbois et Badier

La Maison Seule : hameau perdu de Biollet

 

Lors de l'étude de la démographie de Biollet, nous avons identifié un hameau qui n'existe plus : la Maison Seule. Le cadastre napoléonnien nous permet de localiser ce hameau à la limite ouest de Biollet entre Bascobert et Fougereix :

Comme on pouvait s'y attendre, le hameau est constituée... d'une seule maison. En comparant la zone représentée sur la cadastre et une carte IGN actuelle, nous voyons de nombreuses différences :

La maison seule a disparue et les voies ont été fortement modifiées dans cette zone (disparition de chemins autour de la maison seule).

Une photo aérienne de la zone ne permet pas de distinguer de ruines ou d'indice concernant la maison, qui a donc totalement disparue :

Le plan cadastral permet de repérer les numéros de parcelle correspondant à la maison (354) et au terrain la jouxtant (353) :

Le plan indique même l'emplacement de la cheminée (point d) de la maison (sans doute utilisé comme repère par les géomètres) !

L'état des section nous indique que le terrain cadastré 353 porte le nom de "Buge rouge" et que le propriétaire, Marien MARTIN vit dans cette maison cadastrée 354.

Pour obtenir plus d'information, la table des propriétaire indique de se reporter au folio 278 de la matrice consultable aux archives départementale du Puy-de-Dôme.

L'étude des recensements de populations et des registres de l'état civil nous permettent d'en savoir un peu plus sur les occupants de la maison seule.

En 1836, la maison est occupé par Marien MARTIN, cultivateur de 64 ans et sa femme Françoise CHASSAGNETTE, cultivatrice de 60 ans. Ils vivent avec leurs enfants et petis enfants :

  • Martin, 34 ans
  • Jeanne, 33 ans
  • Marien, 26 ans
  • Marie, 40 ans mère de deux enfants naturels : Denis, 12 ans et Marie 6 ans.
  • Gervais, 20 ans

L'étude des registres d'état civil de Charensat et Biollet nous indique que Marien et Françoise se sont mariés le 14 mai 1793 à Charensat. Marien MARTIN âgé de 18 ans, est métayer à Charensat. Il est le fils de Marien MARTIN, 42 ans, métayer à Charensat et de Marie COUCARDON. Françoise, quant à elle n'est âgée que de 14 ans ! Elle est née le 2 octobre 1779 au Bascobert (Biollet), fille de Jean CHASSAGNETTE, maçon à Biollet et de Françoise REBOUR.

Le couple vit à Charensat jusqu'en 1811, au moins (naissance le 17 février 1811 à Charensat de leur fils Marien). Entre 1811 et 1815, ils emménagent à Biollet (naissance le 15 juin 1815 à Biollet de leur fils Gervais). Ils habitent alors le bourg de Biollet, comme indiqué dans l'acte de naissance de leur fille Marie en date du 4 juin 1816 et y demeurent au moins jusqu'en 1830, comme l'indique l'acte de naissance de leur petite fille Marie daté du 14 mai 1830 :

Acte de naissance de Marie MARTIN le 14 mai 1830 à Biollet

Cet acte indique que l'enfant est "de lui décalarant [i.e. Marien MARTIN] et de Marie Martin sa fille" ! S'agit-il d'une erreur ou avons-nous là affaire un inceste ?

Entre 1830 et 1836, ils s'installeront dans la Maison Seule qu'ils quitteront entre 1856 et 1861, année de disparition du hameau dans les recensements de population. Nous perdons leur trace ensuite, mais Gervais MARTIN décéde le 11 mai 1885 au hameau de la peyrière à Landogne, à l'âge d'environ 70 ans.

Orthographe des noms de hameaux de Biollet

Comme nous l'avons vu précédemment, on observe des variations orthographiques dans les noms des hameaux selon les sources consultées, parfois même dans un même document. Voici donc les différentes orthographes rencontrées jusqu'ici :

  • les Arses
  • Bascobert
  • le Bost
  • Boulard
  • le Breux
  • la Brousse
  • Bunleix
  • la Carte, la Carte Vieille
  • la Chabassière
  • Chantessel, Chantassel
  • Charinges
  • le Cheix, les Cheix
  • Chez Cazard, Chez Casard
  • le Condobeix, le Condaubeix
  • Fougereix, les Fougereix, Fougeret
  • Lamadon
  • Laussedat
  • Lébeaupin, Lebaupin, Lébaupin, Ébeaupin, L’Ébeaupin, L’Ébaupin
  • la Maison Neuve
  • la Maison Seule
  • Martinon
  • Muraton
  • Nouaillat, Nouailhat, Noailhat, Noalhat
  • le Prat
  • Puy du Prat, le Puy du Prat
  • Puy Pelat, Puy Pellat,
  • le Sacristain
  • Sourdelliers, les Sourdeliers
  • Termes, Thermes
  • la Tuilerie
  • le Venteuil
  • la Villefranche, Villefranche, la Ville Franche
  • Villemonteix, Ville Monteix
  • les Ysserts, les Isserts

Concernant le Cheix, j'ai aussi trouvé les Chaix sur une facture de l'entreprise de battages Peyrard-Madebeine de 1926.

Enfin, notons que dans les recensements de population, le Bourg est nommé Biollet jusqu'en 1921 puis le Bourg à partir de 1926. Cela reflète-t-il un changement d'habitude ou une volonté politique, correspondant à une nouvelle vision des commune. On passerait d'une commune constitué du Bourg, Biollet, auquel sont rattachés des hameaux à une commune formée par une aggrégation de hameaux dont le bourg.

Démographie de Biollet

Les recensements de population publiés par les archives départementales du Puy-de-Dôme, nous permettent d'obtenir la population de chaque hameau entre 1841 et 1936 (voir figure 1, ainsi qu'en ligne et le tableau 1). Nous constatons ainsi que les hameaux identifiés sur la carte IGN n'existaient pas tous avant 1936 (la Croix Bleue, la Garenne, le Puy), la Tuilerie n'apparaît qu'entre 1906 et 1911 et un hameau, la Maison Seule disparaît entre 1856 et 1861. Un autre point étonnant est que Termes a plus d'habitants que le Bourg jusqu'en 1881 : 163 habitants à Termes contre 100 dans le Bourg en 1846 !

Figure 1 : Évolution de la population des hameaux de Biollet entre 1841 et 1936
Hameau1841184618511856186118661872187618811886189118961901190619111921192619311936
le Bourg101100109104107107103101104113109111107115128125129107110
les Arses45555556525246534343444540404029363539
Bascobert48504549465752494524343839323830323231
le Bost65465146464146474749373429222518151511
Boulard43494238344035283334312830222623192022
le Breux19221919181719192225242223212123223024
la Brousse28363837363433323233282627221917181514
Bunleix1620241722161618917231920152518171916
la Carte881051010961013131712111614121213
la Chabassière44483732303227312927322729252630302827
Chantessel30292826302434332630292526232117121717
Charinges28303029363231282725253029272519182219
le Cheix22182322181916151111121210788111010
Chez Cazard40495047433841474643362623312925271824
le Condaubeix1319211916252128161616182120191181010
Fougereix131414141175776776456765
Lamadon33363733252730343725292928232622161615
Laussedat10677557788666585567
L'Ébeaupin13855558654433223333
la Maison Neuve108919101612111476468687914
la Maison Seule1010119               
Martinon47384030373336413227232826222021192021
Muraton50424656404444394035303233373228222324
Nouaillat43504345474841525145423442443730303227
Le Prat27363036283436383839344042363630343228
Puy Pelat54636568616562556359565151504839383324
Puy du Prat1716141415101719121615186457554
le Sacristain1619161714151311122689611155446
Sourdelliers39364244454239393826282426272520161411
Termes15816316115613111611511811699101102131959285767663
la Tuilerie              33234
le Venteuil42485247424447474441363935363430302526
la Villefranche33302731303829353422181815191011111312
Villemonteix898878765455444651111
les Ysserts610121111101112712121515111216121414
Total1179122112211196110811111088111210631004953942946871886782748735706
Tableau 1 : Évolution de la population des hameaux de Biollet entre 1841 et 1936


La page Wikipédia de Biollet donne l'évolution de la population totale de Biollet entre 1793 et 2021 représentée sur la figure 2 (visible également en ligne) :

 Évolution de la population de Biollet entre 1793 et 2006

On observe un maximum entre 1846 et 1851 avec 1221 habitants, puis une forte diminution jusqu'à 319 habitants en 2021 : la poppulation a été divisée par près de 4 en 175 ans !

Hameaux et lieux-dits de Biollet

Selon le trésor de la langue française informatisé, un lieu-dit est un "lieu dans une ville, mais plus généralement à la campagne, qui porte un nom traditionnel rappelant une particularité topographique ou historique" [1]. Un hameau est quant à lui un "groupe d'habitations rurales situées à l'écart d'un village et administrativement rattachées à une commune" [2]. Ainsi selon Wikipédia, "la différence tient au fait que, contrairement au hameau, un lieu-dit n'est pas forcément un lieu habité, il peut être un champ, un carrefour ou encore un bois. Il s'agit en fait d'un lieu marqué dans le paysage par un établissement ou un aménagement humain, sélectionné parmi l'ensemble des microtoponymes dans la nomenclature, la cartographie et la signalétique officielle des lieux d'un pays" [3]

La carte IGN de Biollet permet d'identifier les hameaux et quelques lieux-dits.

Commune de Biollet sur la carte IGN Top25

Outre le Bourg, nous identifions : les Arses, Bascobert, le Bost, Boulard, le Breux, la Brousse, Bunleix, la Carte, la Chabassière, Chantessel, Charinges, le Cheix, Chez Cazard, le Condobeix, la Croix Bleue, Fougereix, la Garenne, Lamadon, Laussedat, Lébeaupin (pour partie), la Maison Neuve, Martinon, Muraton, Nouaillat, le Prat, le Puy, Puy Pelat, Puy du Prat, le Sacristain, Sourdeliers, Termes, la Tuilerie, le Venteuil, la Villefranche (pour partie), Villemonteix, les Ysserts. Soit 36 hameaux en plus du bourg ! À noter que deux hameaux sont partagés avec d'autres communes : Saint-Priest-des-Champs pour Lébeaupin et Espinasse pour la Villefranche. Notons aussi qu'il existe deux hameaux Laussedat, le second étant situé sur la commune de Saint-Priest-des-Champs, à proximité du Laussedat de Biollet.

Cette carte permet également d'identifier des lieux-dits : Bois de la Pradelle, Bourdayat, Fontgouerand, Legay, Lorençon, les Vialles, Suquet de Baubière, la Sagnolle. On y trouve aussi des édifices (Croix des Quatres Curés, la Croix Rouge, le Moulin de Beauregard, le temple bouddhiste, l'antenne des opérateurs télécoms) ainsi que deux étangs (Étang du Cheix, Étang de Bunleix) et deux ruisseaux (le Coli, Ruisseau de la Raterie). Enfin, la source captée et la station d'épuration sont indiquées.

La Base Adresse Nationale présente une liste légèrement différent puisque la Maison Neuve n'y appaît pas, étant intégrée à Martinon. D'autre part, on constate quelques variantes orthographique sur certains hameaux : le Condaubeix, les Fougereix, l'Ébaupin, le Puy du Prat, les Sourdeliers, Villefranche (sans la). Au final, la base nationale officielle des adresses dénombre 35 hameaux en plus du bourg, la Maison Neuve devenant un lieu-dit.

Enfin, la base FANTOIR établie une liste des vois, lieux-dits et ensembles immobiliers des communes. Pour Biollet, on trouve la liste suivantes (en gras les nouveaux lieux-dits identifiés) :

  • LOTISSEMENT LE PUY
  • L'ANGLADE
  • LES ARSES
  • LES ATES
  • LES AYAS
  • BASCOBERT
  • BEAUFRAIX
  • LE BOURG
  • BOIS DE LA PRADELLE
  • LE BOISSONNET
  • BOSQUET
  • LE BOST
  • BOULARD
  • BOURDAYAT
  • BREJASSOUX
  • LE BREUX
  • LA BROUSSE
  • BUGE ROUGE
  • BUNLEIX
  • LA CARTE
  • LA CHABASSIERE
  • CHAMP GRAND
  • CHANTESSEL
  • CHARINGES
  • LE CHARROT
  • CHEZ CAZARD
  • LES COMBES
  • LE COMMUNAL
  • LE CONDAUBEIX
  • LA COTE
  • LES COTES
  • LE COUTIERE
  • CROFETOUX
  • LA CROIX DES QUATRE CURES
  • LA CROIX DU TRAIT
  • LES CROS
  • L'EBEAUPIN
  • ETANG DE BUNLEIX
  • L'ETANG DE LAUSSEDAT
  • ETANG DU CHEIX
  • LA FONT CHAUDE
  • FONTGOUERAND
  • FOUGEREIX
  • LE FOURNIEROUX
  • GANNE DE BUNLEIX
  • GANNE DE CHABASSIERE
  • LA GARENNE
  • LE GAROUTIT
  • LES GOUTTES
  • GRAND CHAMP
  • LABOURET
  • LACHAMP
  • LAMADON
  • LAPIC
  • LATUMOULADE
  • LAUSSEDAT
  • LAYAT
  • LEGUAY
  • LORENCON
  • LA MAISON NEUVE
  • LE MARAIS
  • MARTINON
  • LA MORTURA
  • LES MOULIERES
  • MURATON
  • NOUAILLAT
  • LE PATURAL
  • LE PECHER
  • LA PECHERIE
  • PECHERIE DU BREUX
  • PIERRE BLANCHE
  • LE PIZORET
  • LES PONTAITS
  • LE POUX
  • LES PRADES
  • PRAMOT
  • LE PRAT
  • LES PRUGNETTES
  • LE PUY
  • PUY DE MURATON
  • PUY DU PRAT
  • PUY PELAT
  • PUY ROCHER
  • QUEUE DE RAT
  • LA RIBEYRAT
  • LA RIBEYRE
  • LE SACRISTAIN
  • LA SAGNETTE
  • LES SAGNETTES
  • LA SAGNOLLE
  • SOURDELIER
  • SOUS BROFFEIX
  • SOUS LA FRONDE
  • SOUS LE BOIS
  • SUQUET DE BAUBIERE
  • TERMES
  • TUILERIE DE LA PRADELLE
  • LE VENTEUIL
  • LES VIALLES
  • VILLECHINOT
  • LA VILLEFRANCHE
  • VILLEMONTEIX
  • LES YSSERTS
  • LA PRADELLE
  • LE CHEIX
  • LA CROIX BLEUE
  • PLACE DU FOIRAIL
  • RUE LAMADON
  • ROUTE DE PONTAUMUR
  • CHEMIN DE TERMES

Voilà qui allonge considérablement notre liste de lieux-dits ! Et sans doute cette liste n'est-elle pas exhaustive ; quasiement chaque champs ayant son petit nom...

[1] Défintion de lieu-dit du TLFi
[2] Défintion de hameau du TLFi
[3] Défintion de lieu-dit de Wikipédia

Une apparition mariale à Termes (hameau de Biollet)

Le Rappel du 17 septembre 1879 relait une information intéressante du Moniteur du Puy-de-Dôme. Une habitante de Termes, âgée de 72 à 75 ans était toujours vierge. Alors est-ce son anaphrodisie ou l'abus de jaja, toujours est-il qu'elle a été témoin  d'une apparition mariale !

Le Rappel du 17/09/1879 p. 2

Voici la transcription de l'article :

A Termes, hameau dépendant de la paroisse de Biollet, canton de Saint-Gervais, une femme qu'on pourrait appeler un cas de longévité virginale extraordinaire, attendu qu'elle a entre soixante-douze et soixante-quinze ans, et qu'elle est toujours restée garçon, a vu la Vierge lui apparaître à différentes reprises. Cette Vierge, raconte notre confrère le Moniteur du Puy-de-Dôme, s'est exprimée en patois, seul langage que pût comprendre le témoin de la chose, et lui a dit que « la France était en ce moment sur une pente fatale ; mais que bientôt, grâce aux prières et surtout au denier de Saint Pierre, elle ne tarderait pas à redevenir la nation très chrétienne et à retrouver son titre glorieux de fille aînée de l'Eglise ».

Le bruit s'est répendu dans le pays que la Vierge se proposait de faire de Termes un de ses nombreux pied-à-terre, et les fidèles vont maintenant chaque dimanche casser une croûte à l'endroit où à eu lieu l'apparition, en attendant veinement qu'elle se renouvelle.

Si on trouve une source dans les environs, voilà Lourdes et la Salettes obligées de faire un procès en concurrence à Notre-Dame des Termes.

Quel dommage que la Vierge n'ait jamais daigné apparaître au réservoir de Montsouris !

Que de milliards de bouteilles pourrait vendre la ville.

Le drame de Biollet (12 mars 1873)

« Le drame de Biollet », tel est le titre d'un article parut le 22 mars 1873 dans le journal  Le XIXe siècle en date du 22/03/1873, dont voici la transcription :

Une du XIXe siècle de 22/03/1873

On lit dans le Moniteur du Puy-de-Dôme :
Un crime accompagné de circonstance extrêmement graves vient de faire naître une vive émotion dans le canton de Saint-Gervais.

A quelques kilomètres de Biollet, se trouve un petit hameau appelé les Cheix, bâti sur les ruines d'un vieux manoir qui a joué un grand rôle dans les guerres féodales ; il appartenait à la famille de Vallon d'Ambrugeas. Il n'en reste aujourd'hui que quatre tours à demi rasées et le mur d'enceinte, qu'on a utilisé pour bâtir quelques maisons. Ce mur longe sur une assez longue étendue un vaste étang, au bord duquel se trouve une maison bourgeoise et d'assez coquette apparence.

C'est là qu'habitaient les deux frères Géraud-Dumontel, dont le cadet, placé aujourd'hui entre les mains de la justice, est âgé de 74 ans.

Grâce à leur intelligence, à leur esprit d'ordre, ces deux frères, après avoir beaucoup voyagé, finirent par réaliser une fortune relativement considérable. Bien apparentés, doués d'une grande considération, ils avaient une certaine position dans leur commune : l'aîné en fut longtemps maire, l'autre adjoint. L'un et l'autre étaient serviables et influents.

Il y a environ une trentaine d'années, François Géraud-Dumontel, l'aîné des deux frères, recueillit chez lui un jeune enfant, François Madebène, fils d'un de ses fermiers. Il en était du reste le véritable père, disait la chronique, et de fait la ressemblance était frappante.

Les deux frères Dumontel vécurent ensemble de longues années dans le plus parfait accord ; mais en 1871, ils se brouillèrent tout à coup pour des questions d'intérêt.

L'année suivante, le frère aîné mourut. Par testament, il avait institué son frère Antoine et François Madebène usufruitiers de ses biens immobiliers et leur avait laissé en outre la propriété de sa fortune mobilière.

Ce testament fut la source de discussions violentes entre les deux parties intéressées. Madebène était content de la part qui lui était faite ; mais Géraud-Dumontel, qui s'était toujours considéré comme l'héritier légitime de son frère, n'acceptait ce partage qu'avec peine. Ses sentiments sur ce point ne pouvaient être douteux, car il ne manquait pas une occasion de manifester sa haine contre François Madebène.

Dans la journée du 13 mars courant, M. Bertin, adjoint de la commune de Biollet, fut mandé au hameau de Cheix : c'était Géraud-Dumontel qui requérait son assistance. « La veille, disait-il, il n'avait pu rentrer chez lui ; toutes les portes étaient fermées et personne ne répondait à son appel ; il supposait que françois Madebène avait succombé à une congestion cérébrale ou s'était fait sauter la cervelle. » Toute la famille était sur les lieux ; l'adjoint fit enfoncer les portes qui étaient fermées en dedans et on se trouva tout à coup en présence d'un horrible spectacle.

Sur le sol de la cuisine, près de l'âtre, un cadavre était étendu. Entre ses jambes se trouvait un pistolet déchargé. Ce cadavre était celui de françois Madebène.

Il portait à la tête une blessure produite par une arme à feu. Le projectile était entré sous l'oreille gauche pour sortir au milieu du front ; sur le sol, de large flaques de sang et des lambeaux de cervelle qui avaient jailli en sortant de la hernie produite par le coup de feu.

Se trouvait-on en présence d'un suicide ou d'un meurtre ? Telle était la question que se posaient les assistants. Dans tous les cas, la mort devait avoir eu lieu depuis assez longtemps dèjà, car le coprs était privé de chaleur et déjà raide.

Personne n'avait vu Madebène depuis la veille à sept heures du soir. Géraud-Dumontel raconta qu'il l'avait laissé à cette heure occupé à peler des pommes de terre dans un plat. On chercha aussitôt ce plat, et Dumontel lui-même alla le prendre dans le buffet et le présenta à l'adjoint. Celui-ci constata sur les pommes de terre une large traînée de sang et des débris de cervelle. Dumontel, dont la vue est très-faible, ne les distinguait même pas.C'était un témoignage puissant établissant que la mort était due à un assassinat. En effet la blessure avait dû foudroyer Madebène, et une main étrangère seule avait pu enlever de la table les objets sur lesquels le sang et la cervelle avaient jailli.

Géraud-Dumontel fut atterré de cette découverte, et il paraît même que, dans la nuit, il fit des tentatives auprès des hommes de garde pour obtenir la remise de cette pièce de conviction accablante et la faire disparaître.

Le lendemain, M. H. Gomot, procureur de la République, et M. Robert, juge d'instruction, assistés de M. le docteur Aiguilhon père, se transportaient sur le lieu du crime où se trouvaient déjà le juge de paix du canton et les autorités locales.

Après une longue information qui s'est prolongée fort avant dans la nuit, Géraud-Dumontel a été mis en état d'arrestation.

On nous assure qu'il a fait tous ses efforts pour faire croire à un suicide. Ce système pouvait paraître assez vraissemblable, du reste, à raison de cette circonstance que pour pénétrer jusqu'au cadavre, l'adjoint avait dû forcer les portes qui étaient toutes fermées en dedans. Mais les recherches minutieuses ont permis de constater que l'on pouvait du dehors faire retomber dans son piton le crochet qui sert de fermeture à la porte de la chambre où couchait Madebène. Le meurtrier, après avoir pris cette précaution, avait traversé le corridor, fermé en dedans la seconde porte donnant sur la rue, puis montant au grenier, il avait pu s'échapper par la toiture.

L'opinion publique était très-surexcitée contre Géraud-Dumontel, que l'on considérait comme l'auteur du crime. Les habitants du hameau des Cheix ont sans doute révélé contre lui les charges les plus graves, car après avoir tenté de faire retomber sur d'autres la responsbilité du crime, Dumontel a fini par entrer dans la voie des aveux.

S'il faut en croire ce qui nous est affirmé, il prétendait qu'il aurait été outragé par Madebène, et que c'est pour se venger des provocations de ce dernier qu'il lui aurait tiré un coup de pistolet à la tête.

Géraud-Dumontel a été conduit hier à la maison d'arrêt de Riom.

C'est un petit homme sec, nerveux, étonnamment conservé pour son âge. Il est instruit. Il écrit et il parle avec une très-grande facilité.

Cette affaire passionne beaucoup l'opinion dans les cantons de Saint-Gervais et de Pionsat, où le prévenu possède un grand nombre de parents jouissant de l'estime publique.

Voilà une bien belle histoire, racontée avec force détail : l'amateursime du meurtrier, digne d'un scénario des frères Coen, frise la comédie ! Sans doute est-ce pour cela que les archives départementale en ont tiré un excellent documentaire qui a eu droit aux honneurs d'une émission sur France Bleu Pays d'Auvergne.

Le site des archives départementales présente également un plan de la scène du crime :

Le blog Saint-Priest-des-Champs-Passionement en a également fait un article, dans lequel on trouve un lien vers la le numéro du 18 mai 1873  de la gazette des tribunaux qui rapporte en détail le procès. L'article donne également des précisions sur la famille Géraud-Dumontel :

Gervais GÉRAUD-DUMONTEL, né le 11 janvier 1770 à Saint-Gervais est le fils de Jean Antoine GÉRAUD-DUMONTEL, Sieur du Montel et de la Barge, Greffier en chef au dépôt de sel de Saint-Gervais, Procureur d’office et de Jeanne GEORGE de DURMIGNAT. Gervais, qui occupe la fonction de Chef de bureau des impôts à Montaigut, épouse, le 4 mars 1793 à Marcillat-en-Combraille, Eléonore REDON, née le 26 septembre 1760 à Saint-Médard-la-Rochette (Creuse).

Dès leur mariage ils s’installent comme propriétaire au hameau du Cheix commune de Biollet. De cette union sont nés quatre enfants :

  • Jeanne, est née le 27 septembre 1794 au Cheix et elle est décédée le 30 juillet 1863 à Montmarault. Elle avait épousé, le 26 mai 1818 à Biollet, Gilbert Rémy DESCHARRIERES ;
  • Marie Anne dite Constance, est née le 8 août 1796 au Cheix et elle est décédée le 30 septembre 1874 au bourg de Biollet ; veuve de Jean GOURSON, qu’elle avait épousé le 10 juin 1822 à Biollet ;
  • François, est né le 27 décembre 1797 au Cheix et y est décédé le 6 avril 1872. Il a été adjoint au maire de Biollet de 1858 à 1865, puis maire de cette même commune de 1866 à 1870.
  • Antoine, est né le 25 juin 1799 au Cheix et il est décédé le 21 juin 1873 à Riom.

Et sur François Madebène :

François MADEBÈNE, est né le 31 juillet 1835 au Cheix, il est le fils d’Amable MADEBÈNE et de Françoise MADEBÈNE, propriétaires-cultivateurs au village des Cheix.

Au passage, cette histoire nous confirme que le château du Chey évoqué dans les Coutumes Générales et Locales d'Auvergne était bien à l'emplacement de la chocolaterie Choco Marcel !




Les seigneurs de Biollet : famille de Valon du Boucheron d'Ambrugeac

Sous l'ancien régime, la commune de Biollet était morcellée, et plusieurs seigneurs pouvaient en posséder une partie (Termes, Le Cheix, Puy du Prat, etc). Gilbert de Vallon du Boucheron d'Ambrugeac épouse en 1640 Gabrielle le Loup qui lui apporte en dot les terres de Chey, Chalusset, Biollet et Termes et se fixe au château du Cheix. [1] Ce serait l'année suivante, 1641, qu'il deviendrait "seigneur de Duchez, de Biollet, du Puy-Duprat, & de la Baronnie de Termes." [2] Il était déjà "Chevalier, Comte d'Ambrujeac, Saint-Hippolyte, etc." ce qui ne devait pas lui suffire...

Blason de la famille de Valon du Boucheron
Blason de la famille de Valon du Boucheron
« Écartelé : aux 1 et 4 contre-écartelé d'or et de gueules ; aux 2 et 3 d'or à trois lionceaux de gueules. »
Source : WikiMedia

Leur fils Charles de Vallon du Boucheron d'Ambrugeac épouse Marie de Chauvigny de Blot de Saint-Agoulin, veuve de Sébastien de Roche-Dragon, par contrat passé le 22 juin 1668. [1] Il est également "Chevalier, Comte d'Ambrujeac, Seigneur de Duchez, de Biollet, du Puy-Duprat, Baron de Termes" [2] Sa noblesse est maintenue par un jugement rendu à Limoges, le 30 juillet 1667, par M. Henry d'Aguesseau. [3]

Leur fils François de Vallon du Boucheron d'Ambrugeac épouse Rose de Roquelaure le 5 mai 1701 à Rodez, après avoir passé un contrat de mariage le 10 avril 1701 devant maître Noalhac, notaire à Saint-Jal, et s'être fiancé le 16 avril à Rodez. Il fait hommage à Riom au bureau des Finances et chambre des Domaines le 5 juillet 1717 (signé : Rollet, greffier). [3] Il est "seigneur du Cheix" [4] et bien que les titres de "Chevalier, Comte d'Ambrujeac, Seigneur de Biollet, du Puy-Duprat, Baron de Termes" n'apparaissent pas, cet hommage indiquerait qu'il les détienne.

Leur fils Jacques de Vallon du Boucheron d'Ambrugeac épouse à son tour Louise-Madeleine de Ranconnet d'Escoire le 28 octobre 1727 à Paris (paroisse Saint-Nicolas-des-Champs). Un contrat de mariage a été signé le 14 août 1727 à Paris, devant maître Sellier, notaire au Châtelet de Paris. Il y est fait mention d'un contrat de mariage de Jacques avec défunte Françoise de Courtaurel, reçu par maîtres Sauffre et Mayet, notaires de la justice de Pont-du-Château, le 15 mai 1722. [3] Il porte les titres de "Chevalier, Comte d'Ambrujeac, Baron de Termes" d'après [2], et "comte d'Ambrugeac, seigneur de Termes, de Biollet, Le Cheix, Puy-du-Prat" d'après [4].

Leur fils Gabriel-Louis de Vallon du Boucheron d'Ambrugeac est né le 2 janvier 1732 à Biollet [3] et décédé le 22 septembre 1806 à Riom. Il épouse Louise-Jeanne d'Erlach le 27 mai 1776 à Paris (paroisse Sainte-Marguerite) après avoir passé un contrat la veille aupès du notaire Boulard à Paris. Jacques, le père de Gabriel-Louis donna son consentement au mariage par un acte passé devant le notaire Roudaire à Saint-Priest-des-Champs. [3] Gabriel-Louis est "Chevalier, Comte d'Ambrujeac, Baron de Termes, Seigneur de Duchez, de Biollet, du Puy-Duprat, &c., Capitaine au Régiment de Lyonnois". [2]

Bien qu'issue d'une famille noble dont la filiation est prouvée depuis 1399 [5] et qui eut les honneurs de la cour en 1785 [5], cette belle brochette de seigneurs  ne semble pas avoir laissé une grande trace dans l'Histoire... Mention particulière au petit dernier, Gabriel-Louis qui fuyat lâchement émigra lors de la Révolution.[4] Ses deux fils, Louis Alexandre Marie et Alexandre Charles Louis se distingueront un peu plus (émigration également, chouan, etc.) mais ne seront pas seigneurs de Biollet (merci à la nuit du 4 août 1789).

Sources
[1]  Coutumes générales et locales de la province d'Auvergne. T. 4 / par M. Chabrol
[2]  Dictionnaire de la noblesse : contenant les généalogies, l'histoire et la chronologie des familles nobles de France. Tome 3 / par de La Chenaye-Desbois et Badier
[3] Preuves de la noblesse d'Auvergne / par le Dr de Ribier
[4] Histoire illustrée de la ville et du canton de Saint-Gervais d'Auvergne / par Ambroise Tardieu et Augustin Madebène
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Famille_de_Valon

 

Biollet dans les Coutumes Générales et Locales d'Auvergne

Biollet est citée dans les Coutumes Générales et Locales de la Haute et Basse Auvergne écrit par Guillaume-Michel Chabrol en 1786 (pour le Tome 4 qui nous intéresse). Il s'agit de commentaires sur la Coutume d'Auvergne, recueil des lois civiles rédigé au début du XVIe siècle par Antoine Duprat. On y trouve des renseignements sur certains lieux classés par ordre alphabétique.

Il n'y a pas d'entrée pour Biollet, mais il y en a une pour Termes, hameau dépendant aujourd'hui de la commune de Biollet :

Termes y est décrit comme une seigneurie (c'est-à-dire un ensemble de terres, i.e. de propriétés foncières, de droits et de redevances) de la paroisse de Biollet, dépendant de la coutume de Riom. La seigneurie appartient (en 1786) à Gabriel Louis de Valon du Boucheron d'Ambrujas, lieutenant colonel du régiment du Maine. Mais elle n'a pas toujours appartenu à cette famille originaire du Quercy. C'est Gilbert, l'arrière-arrière-grand-père de Gabriel Louis qui, en se mariant avec Gabrielle le Loup, fille d'Annet le Loup et de Charlotte de la Roche-Aimon, reçoit en dot les terres de Chey (le Cheix, autre hameau de Biollet), de Chalusset, Biollet et Termes. C'est à partir de ce couple que la famille s'établit en Auvergne et se fixe en 1640 au château du Chey ! On notera au passage que le père de Gilbert, Jean s'est marié en seconde noces avec Charlotte de la Roche-Aimon, mère de sa brue !

Quel est ce Chalusset ? Il existe plusieurs hameaux portant ce nom dans le Puy-de-Dôme et la Creuse... Quel est ce château de Chey ? S'agit-il de la bâtisse présente de nos jours au Cheix et dans laquelle est installée la chocolaterie Choco Marcel ?

Dans ce même ouvrage, la page 348 mentionne Termes à l'entrée Miremont :

Coutumes Générales et Locales d'Auvergne page 348
Coutumes Générales et Locales d'Auvergne page 348

Biollet, petite commune des Combrailles

Biollet est une petite commune de 328 habitants (2020) située en plein cœur des Combrailles, dans le Puy-de-Dôme.

Nouvel arrivant, l'objectif de ce blog est de présenter mes découvertes concernant la commune et la région : lieux et paysages, histoire, géographie, coutumes, etc.